Les investisseurs institutionnels utilisent depuis longtemps des obligations de sociétés, avec raison. Elles leur permettent d’accroître le rendement de leurs portefeuilles tout en conservant les caractéristiques attrayantes des titres à revenu fixe. Et pour les investisseurs qui cherchent à élargir leurs horizons, regarder à l’extérieur du Canada peut procurer encore plus d’occasions.

Le contexte actuel est particulièrement propice à l’utilisation d’obligations de sociétés. Oui, la crise de la COVID-19 a mis beaucoup de pression sur les marchés financiers, mais elle a aussi créé de nouvelles possibilités.

Des sociétés de grande qualité du monde entier émettent des titres de créance dont les écarts de crédit atteignent des niveaux jamais vus depuis longtemps. Au même moment, le nombre élevé d’obligations d’État mises en circulation fait baisser les rendements indiciels. Un portefeuille d’obligations de sociétés géré de façon active peut tirer profit de ces perturbations en procurant un rendement supérieur et une diversification accrue.

Pourquoi choisir les obligations de sociétés maintenant?

Un rendement nécessaire

Selon les prévisions économiques à l’échelle mondiale, la croissance du PIB devrait connaître un important ralentissement en 2020, puis une légère amélioration en 2021. Cela a entraîné une chute brutale des taux des obligations d’État. Pour y remédier, des mesures de relance budgétaire sans précédent ont été lancées (plus de 8 % du PIB au Canada et 10 % du PIB aux États-Unis), avec pour conséquence une forte hausse des émissions d’obligations d’État.

Les investisseurs institutionnels devront donc prendre en considération deux facteurs. D’abord, le poids du secteur de l’État dans les indices de référence va s’accroître dans les prochaines années. Ensuite, les politiques monétaires visant à appuyer l’économie tireront les rendements des obligations d’État vers le bas, ce qui se répercutera sur le rendement moyen de ces indices de référence. Ainsi, les investisseurs pourraient trouver que les fonds évalués par rapport à des indices boursiers généraux ne répondent plus à leurs objectifs.

Le graphique suivant montre la composition du rendement d’obligations de sociétés à long terme ces 17 dernières années. On constate que l’écart de crédit compte aujourd’hui pour une part beaucoup plus importante dans le rendement. Cela signifie que les investisseurs qui choisissent des obligations d’État pourraient passer à côté d’une source de revenu supplémentaire. Un portefeuille distinct d’obligations de sociétés de première qualité peut constituer une option attrayante pour conserver des rendements semblables à ceux qui prévalaient avant la crise.

L’indice des titres à revenu fixe change

La volatilité des marchés offre des possibilités

Les inefficiences du marché des obligations de sociétés sont amplifiées pendant les périodes de volatilité accrue. Les gestionnaires adeptes d’une approche active sont capables d’exploiter les différences de prix selon les émetteurs, les secteurs et même les pays, pour bâtir des portefeuilles attrayants.

Pendant la crise de la COVID-19, la volatilité des écarts de crédit a augmenté en raison de l’inquiétude des investisseurs face aux répercussions potentielles de la pandémie sur les émetteurs. De nombreuses sociétés de grande qualité ont alors émis des obligations qui affichaient des écarts de crédit jamais atteints dans l’histoire récente par rapport aux obligations canadiennes de référence. Citons par exemple Enbridge, dont les obligations libellées en dollars canadiens affichaient un écart de 235 points de base, et Narragansett Electric, dont les obligations libellées en dollars américains affichaient un écart de 292 points de base (en tenant compte de la couverture des flux de trésorerie en dollars canadiens). Les écarts de ces deux titres se sont fortement resserrés depuis leur émission, procurant ainsi des rendements avantageux pour les investisseurs. Le contexte actuel pourrait présenter d’autres occasions du genre dans les prochains mois.

Le marché canadien est-il assez profond pour répondre à la demande des investisseurs?

Le marché canadien ne sera peut-être pas en mesure de fournir à la demande en obligations de sociétés de grande qualité à long terme.

L’offre au Canada est limitée. En effet, les obligations de sociétés à long terme ne représentent que 155 milliards de dollars, soit 8 % des 1,9 billion de dollars que totalise le marché obligataire canadien (données de FTSE Canada en juin 2020). La négociation active est plus difficile, surtout quand les marchés sont volatils. Le nombre de titres est limité, et les investisseurs qui recherchent des obligations de sociétés à long terme, comme les régimes de retraite, ont tendance à conserver leurs placements jusqu’à l’échéance ou à vendre seulement à prix fort.

Il existe aussi un problème de concentration des secteurs au Canada. Les services publics, les transports et l’énergie représentent à eux trois environ 71 % du marché canadien des obligations de sociétés à long terme. Les dix principaux émetteurs de titres à long terme comptent quant à eux pour 38 % de l’offre (données de FTSE Canada en juin 2020).

Notre solution : Regarder au-delà des frontières.

Les investisseurs canadiens peuvent travailler avec leurs gestionnaires pour créer leur propre portefeuille d’obligations de sociétés Canadiennes diversifiées. Ceci peut être fait en commençant avec un portefeuille d’obligations Canadiennes et en ajoutant de manière tactique des obligations de sociétés étrangères, tout en couvrant les flux de trésorerie (intérêts et capital) en dollars canadiens.

En explorant d’autres marchés de titres à revenu fixe, particulièrement les États-Unis, les investisseurs peuvent combler les lacunes du marché canadien, et viser un rendement amélioré et une réduction des risques grâce à la diversification.

Occasions ciblées de rendement amélioré

En sortant des frontières, les investisseurs canadiens peuvent profiter d’occasions intéressantes et accroître le rendement attendu. Par exemple, choisir des titres de sociétés canadiennes émis aux États-Unis et couvrir les flux de trésorerie en dollars canadiens est une tactique de gestion active qui permet de tirer parti de différences de prix avantageuses.

Le graphique suivant présente deux obligations de TransCanada Pipelines, l’une libellée en dollars canadiens et l’autre, en dollars américains. Même si elles ont des caractéristiques similaires (échéance, coupon et société émettrice), l’obligation libellée en dollars américains avec couverture des flux de trésorerie en dollars canadiens procure un écart supérieur de 10 à 30 points de base à celui de l’obligation libellée en dollars canadiens.

Un spécialiste de la gestion active capable d’investir dans les deux pays peut créer une valeur ajoutée en surveillant de près la volatilité des écarts entre les deux marchés. Selon le contexte, un gestionnaire tirera ensuite parti de cette information pour vendre le titre américain à un prix plus élevé et acheter le titre canadien à un prix moins élevé, ou vice versa.

Obligation de TransCanada Pipelines aux États-Unis

Réduction ciblée des risques grâce à la diversification

Le marché américain des obligations de sociétés complète le marché canadien par sa taille, son large éventail de secteurs et la diversité de ses émetteurs. Investir dans le marché américain des obligations de sociétés permet aux investisseurs canadiens de réduire le risque lié à la concentration.

Le marché américain des obligations de sociétés est plus diversifié

Prenons l’exemple récent d’Omnicom, une agence de publicité qui a émis une obligation à 10 ans en dollars américains à la fin mars. Comme il n’existe aucun émetteur similaire au Canada, cette obligation procure aux investisseurs canadiens une plus grande diversification ainsi que des rendements améliorés. À son émission, elle présentait un écart de 372 points de base par rapport aux obligations d’État du Canada (en tenant compte de la couverture des flux de trésorerie en dollars canadiens), un chiffre largement supérieur à celui de titres canadiens du secteur des communications.

La création d’obligations canadiennes sur mesure à partir d’obligations étrangères permet de profiter du marché américain des obligations de sociétés tout en conservant le taux d’intérêt et les caractéristiques de couverture d’un portefeuille d’obligations canadiennes. Les obligations étrangères suivront les indices et les créances d’obligations canadiennes tout en visant des rendements supérieurs et une diversification accrue. La stratégie de couverture peut aussi améliorer encore davantage les rendements.

Que peuvent faire les investisseurs aujourd’hui?

Les faibles taux d’intérêt et les écarts plus élevés ont créé les conditions idéales pour investir dans des obligations de sociétés de grande qualité. La demande augmentera probablement quand les investisseurs prendront la mesure du potentiel de rendements rajustés du risque et des avantages d’un portefeuille d’obligations de sociétés canadiennes sur mesure.

Nous croyons que la répartition de l’actif doit aider les investisseurs à atteindre leurs objectifs à long terme. Quand vous évaluez la pertinence d’ajouter des obligations de sociétés à votre portefeuille, posez-vous ces trois questions :

  1. Mon fonds de titres à revenu fixe (et son indice de référence) répond-il toujours à mes objectifs?
  2. Est-ce que je profite des occasions actuelles du marché, au Canada et ailleurs?
  3. Pourrais-je obtenir un rendement plus élevé de mon portefeuille de titres à revenu fixe pour mon budget de risque?

Pourquoi choisir les obligations de sociétés?

Selon nous, il y a trois raisons principales d’investir dans des obligations de sociétés : le rendement, la gestion des risques et les occasions de valeur ajoutée.

Possibilités de rendement supplémentaire

Le rendement supplémentaire (ou écart de crédit) des obligations de sociétés a toujours largement compensé les risques de décote et de défaut qu’assument les investisseurs. Ces 14 dernières années, l’indice des obligations de sociétés a dépassé l’indice global de 1,4 % par année, pour une même duration. Ce résultat tient compte de l’effet des décotes et des défauts de paiement.

L’indice des obligations de sociétés a fait meilleure figure

Gestion des risques

Les obligations de sociétés sont un important outil de gestion des risques pour les investisseurs soucieux du passif. Elles offrent des caractéristiques de couverture des taux d’intérêt similaires aux obligations fédérales et provinciales. Elles procurent aussi une exposition supplémentaire aux titres de créance pour le passif qui est actualisé selon les écarts de crédit des sociétés, comme le passif comptable et le passif de solvabilité.

Occasions de valeur ajoutée

Les obligations de sociétés sont négociées au moyen d’un processus où les relations et la connaissance du marché peuvent constituer un avantage. De plus, tous les secteurs n’obtiennent pas les mêmes rendements à toutes les étapes du cycle de crédit. Ainsi, en période de crise, les secteurs défensifs comme les services publics et les infrastructures ont tendance à faire meilleure figure. Les gestionnaires peuvent donc utiliser leur expertise et leurs capacités de recherche pour choisir activement des émetteurs et des secteurs attrayants sur l’ensemble du cycle de crédit. Cette dynamique leur permet de surclasser les fonds indiciels gérés passivement.