Balado Trois en cinq

Épisode 15 : Trois questions sur les facteurs ESG pour Randy

Steve rencontre Randy Brown, premier directeur des placements et responsable de la gestion d’actifs liés à l’assurance, à Gestion SLC, afin de s’entretenir avec lui au sujet de son approche en matière de placements durables, tout en l’alignant avec les divers objectifs du portefeuille (transcription en français seulement).

Steve Peacher : Bonjour tout le monde, et merci de regarder cet épisode de Trois en cinq. Mon nom est Steve Peacher, et je suis le président de Gestion SLC. Aujourd’hui, j’ai l’immense plaisir de recevoir Randy Brown, qui est premier directeur des placements à la Sun Life, et aussi un bon ami. Merci d’avoir accepté mon invitation, Randy.

Randy Brown : C’est moi qui te remercie. Tout le plaisir est pour moi.

Steve Peacher : Aujourd’hui, nous allons traiter d’un sujet d’actualité : les facteurs ESG. Randy est responsable de la surveillance d’un important portefeuille institutionnel, le fonds général de la Sun Life, dans lequel sont investis plus de 100 milliards de dollars américains d’actifs. Le portefeuille investit dans diverses monnaies et régions géographiques. Ma première question, Randy, est la suivante : en tant que responsable de la surveillance de ce portefeuille, lorsque tu considères des placements ESG pour le fonds général de la Sun Life, quels sont ceux qui conviennent le mieux pour ce portefeuille?

Randy Brown : Merci, Steve. Je crois que la ligne conductrice ici est que nous voulons faire partie de cette solution, mais nous avons besoin d’aligner les besoins de tous nos gens, notamment les titulaires de contrats, les actionnaires et les employés. Mais, nous devons aussi rendre des comptes à la société. Nous devons prendre en considération les besoins de tous ces groupes lorsque nous choisissons nos placements. Tout d’abord, je crois que nous devons détenir une importante position défensive dans le fonds général de la Sun Life. Nous prêtons de l’argent habituellement à longue échéance, sous forme de dette, que ces prêts soient publics ou privés. Donc, l’un des plus importants critères de sélection d’entreprises est que ces dernières sont en mesure de nous rembourser dans 20, 30, voire 40 ans. Bien que dans le passé, les facteurs ESG n’existaient pas, nous avons toujours suivi un processus d’évaluation des sociétés dans lesquelles nous voulons investir à long terme. Aujourd’hui, les facteurs ESG sont complètement intégrés à notre processus d’évaluation, car nous croyons qu’ils ont un impact significatif sur la viabilité à long terme des entreprises. Compte tenu de notre important volume d’actifs, nous sommes en mesure de prêter de l’argent aux entreprises, et donc de financer la solution à leurs problèmes. Donc, cela est aussi important; nous voulons soutenir les entreprises au fil de leur évolution. Nous ne sommes pas intéressés à leur situation actuelle, mais plutôt à leur orientation. Nous voulons soutenir les entreprises qui mettent en œuvre un plan qui assurera leur viabilité à long terme. Il est important de le souligner. Enfin, nous voulons aussi avoir une position offensive. Habituellement, en tant qu’investisseurs en obligations, nous prêtons de l’argent aux entreprises en contrepartie d’intérêts (coupons). Mais, il y a beaucoup d’autres possibilités, et nous voulons ajouter une position offensive à notre portefeuille, bien que ce genre d’investissement soit relativement nouveau pour nous.

Steve Peacher : Lorsque vous considérez certaines possibilités d’investissement durable, par exemple, l’énergie renouvelable, que ce soit en acquérant des sociétés, comme des parcs éoliens, ou en leur prêtant de l’argent, trouvez-vous que leurs caractéristiques sont conformes aux objectifs du fonds général, ou qu’elles peuvent parfois être en conflit avec ceux-ci?

Randy Brown: Habituellement, les caractéristiques des sociétés dans lesquelles nous investissons s’alignent avec les objectifs du fonds général. Nous investissons dans un grand nombre de ces sociétés depuis longtemps, en contrepartie de coupons. Nous recherchons du rendement afin de pouvoir distribuer le dividende annuel aux titulaires de contrats, entre autres. Là où ces investissements peuvent ne pas s’aligner avec les objectifs du portefeuille est lorsque nous envisageons d’acquérir les actions de ces sociétés. Les placements boursiers posent problème aux compagnies d’assurance, car ils nécessitent beaucoup de capitaux. Mais, en général, nous trouvons des moyens d’augmenter le volet de titres à revenu non fixe, par rapport au volet de titres à revenu fixe. Néanmoins, ces placements s’alignent avec les objectifs généraux du portefeuille, car ils sont à long terme. L’espérance de vie des titulaires de contrats peut être de 30, 40, 50, voire 60 ans. Nous devons donc nous assurer qu’il y a suffisamment d’argent pour les rembourser. Enfin, je crois que les sociétés qui n’envisagent pas de mettre en œuvre un plan qui tient compte des facteurs ESG seront désavantagées au niveau concurrentiel à long terme. Donc, en nous assurant d’investir dans des sociétés qui ont un bon plan, je crois que nous pourrons faire face à nos obligations contractuelles envers nos titulaires de contrats. 

Steve Peacher : Comme vous le savez, l’on compte beaucoup sur les investisseurs institutionnels, comme la Sun Life, pour financer les projets de lutte contre les changements climatiques. Plusieurs de ces investisseurs envisagent d’investir dans des organisations comme Net Zero Alliance. Mais, ce genre de placement pose des défis particuliers. Pouvez-vous nous expliquer quels sont les défis d’investir dans ce genre d’entreprise, tout en tenant compte des facteurs ESG et des objectifs d’un important portefeuille, comme le fonds général de la Sun Life?

Randy Brown : L’un des plus gros défis est que la technologie qui est nécessaire pour atteindre l’objectif zéro net, c’est-à-dire une technologie qui est accessible, abordable, évolutive et intelligente, n’existe pas encore. Kevin Strain, notre nouveau chef de la direction, m’a beaucoup aidé à résoudre ce dilemme. Imaginons que nous voulons envoyer une femme sur mars d’ici 2050. Le monde entier s’aligne sur cet objectif et souhaite contribuer à la réalisation de ce projet. Or, nous ne savons pas si ce projet est réalisable, mais nous avons le soutien de tout le monde. Donc, lorsque je considère le problème d’accessibilité à la technologie nécessaire pour atteindre l’objectif zéro net dans le cadre de notre principe directeur d’investissement à long terme, ce genre de placement est envisageable. Parmi les défis que pose ce genre de placements sont les attentes des organismes de réglementation et des activistes. Certaines de leurs exigences ne peuvent pas être satisfaites aux dates qu’ils ont fixées. Je crois que leurs attentes sont beaucoup trop ambitieuses et difficilement réalisables. Selon nous, elles ne sont pas raisonnables. Donc, le véritable défi consiste à atteindre les cibles intermédiaires, au lieu d’éviter d’investir dans des entreprises qui vont un jour répondre à ces attentes, mais à long terme. Nous ne croyons pas en la cession de parts, qui consiste en un simple transfert de la main gauche à la main droite. Nous nous concentrons plutôt sur le niveau d’engagement de l’entreprise, ce qui est, selon nous, très important. Enfin, l’un des plus grands défis est la communication d’informations. Par exemple, l’on exerce beaucoup de pressions sur les entreprises pour qu’elles déclarent leur empreinte carbone actuelle. Mais, il s’avère que, pour le moment, nous n’avons des données fiables que pour 20 % de notre portefeuille. Or, il faudra plusieurs années avant que nous ayons accès à des données précises. Tels sont les défis auxquels nous sommes confrontés. Mais avec un peu de recul, et en se donnant comme objectif de les surmonter d’ici 2050, il ne nous reste plus qu’à saisir ces occasions. Avant que nous ayons le temps de le réaliser, nous aurons atteint les objectifs.

Steve Peacher : Pour terminer, Randy, j’aimerais te poser une question sur l’une de tes activités personnelles dans le domaine de l’investissement durable. En fait, la Sun Life profite de ton expérience dans ce domaine, car tu es responsable du fonds général et de sa conformité aux critères ESG. Or, je sais que tu es très engagé dans une organisation appelée Rare. Pourrais-tu nous en dire un peu plus?

Randy Brown : Oui, certainement, Steve. En effet, Rare est un projet très important pour moi. Rare.org est un organisme de bienfaisance qui aide les gens et la nature à affronter les changements climatiques. Nous avons des projets de pêche durable, qui sont en grand besoin de financement. Les populations côtières dépendent de la pêche à proximité du rivage, tant pour leur apport en protéines que pour gagner leur vie. Pour cette raison, il y a un danger de surpêche et de destruction des milieux marins, en plus de compromettre l’avenir de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Nous avons donc mis sur pied le projet Fish Forever, une solution basée sur une science démontrable et évolutive. De plus, nous avons également mis sur pied le projet Make it Personal, lequel se fonde sur sept comportements que chaque personne sur la planète devrait adopter. En fait, si 10 % des Américains les adoptaient, nous atteindrions nos objectifs. Par exemple, les gens devraient acheter des véhicules électriques, consommer de plus petites portions de viande, réduire le nombre de déplacements en avion à raison d’un vol par mois, ce sont autant de comportements qui peuvent être facilement adoptés, et qui nous aideront à atteindre nos objectifs. La plupart des gens croient que les changements climatiques sont réels, et que nous sommes impuissants face aux forces de la nature. Mais, cela est faux.

Steve Peacher : Merci, Randy. Ce balado de la série « Trois en cinq » est, je crois, le troisième qui traite des facteurs ESG. Nous traiterons de ce sujet d’actualité sur une base régulière au cours des prochains mois, voire des prochaines années. Merci d’avoir regardé cet épisode de Trois en cinq.

Randy Brown : Merci, Steve.

 

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