Balado Trois en cinq

Épisode 8 : Trois questions sur les titres garantis par des prêts pour Kim

Steve s’entretient avec Kim Frazier, directrice générale et gestionnaire de portefeuille, Crescent Capital Group, au sujet des titres garantis par des prêts, du LIBOR et de l’évaluation du marché des prêts bancaires (transcription en français seulement).

Steve Peacher : Bonjour et merci d’être à l’écoute. Je m’appelle Steve Peacher, président de Gestion SLC, et voici notre tout dernier épisode de Trois en cinq. Je suis ravi de m’entretenir avec Kim Frazier. Kim est directrice générale et gestionnaire de portefeuille à Crescent Capital. Entre autres choses, elle supervise les affaires de titres garantis par des prêts de la société et gère ces portefeuilles. Merci d’avoir accepté notre invitation, Kim.

Kim Frazier : Bien sûr, merci de m’avoir invitée.

Steve Peacher: Donc, aujourd’hui, nous parlons des prêts bancaires. Il s’agit, bien entendu, d’une catégorie d’actif sous-jacente au sein des titres garantis par des prêts. Le marché des prêts est maintenant grandement influencé par les titres garantis par des prêts. Pensez-vous, tout compte fait, que cela soit positif ou négatif pour le marché des prêts bancaires?

Kim Frazier : Vous avez raison, les titres garantis par des prêts représentent maintenant 70 % du marché des prêts bancaires. C’est une hausse de 45 %¹ par rapport à il y a 10 ans, donc une hausse importante. Nous avons des raisons de croire que cela est positif à long terme pour le marché des prêts. D’abord, les titres garantis par des prêts sont des titres immobilisés, du capital durable. Typiquement, ils ont une période de réinvestissement de cinq ans et une date d’échéance définitive de 12 ans. Ce sont donc des véhicules assez permanents. En tant que tels, ils ne sont pas susceptibles d’entraîner des sorties de fonds qui pourraient exercer une pression et inciter à vendre les actifs de prêts sous-jacents. Au contraire, les titres garantis par des prêts fournissent souvent des liquidités au marché des prêts durant les périodes de volatilité, car les gestionnaires cherchent à acheter des prêts à un prix escompté, comme nous l’avons observé l’an dernier, par exemple, au plus fort de la crise de la COVID-19. Pour ces deux raisons principales, nous croyons que les titres garantis par des prêts assurent en fait une certaine stabilité au marché des prêts bancaires et exercent une influence positive à long terme.

Steve Peacher : L’un des attraits des prêts, particulièrement en ce qui concerne les taux d’intérêt, est qu’ils ont tendance à être à taux variables basés sur le LIBOR. Bien sûr, il y a un grand revirement sur le marché – du LIBOR à une nouvelle norme –, qui est compliqué. Comment en tenons-nous compte dans le marché des prêts? Comment le prix des nouveaux prêts est-il établi et comment évoluera-t-il à mesure que le marché s’éloignera du LIBOR?

Kim Frazier : C’est certainement une très bonne question d’actualité. Ce qui est clair, c’est que le LIBOR sur un mois et le LIBOR sur trois mois ne seront plus offerts après 2021. Le taux de remplacement prévu depuis un certain temps maintenant est le SOFR – le taux de financement garanti à un jour – quoique certains autres taux soient aussi en jeu. De plus en plus, cependant, il semblerait que le SOFR, qui est basé sur les taux des opérations de pension à un jour garantis par des titres du Trésor, soit le taux de remplacement le plus probable. Certains rajustements d’écarts seront nécessaires parce que le SOFR est un taux sans risque et ne comporte pas de risque de crédit comme le taux actuel. Il y aura un certain travail à faire. Nous avons appris tout juste la semaine dernière que le SOFR pourrait être disponible dès l’été. Les organismes de réglementation compétents semblent vouloir s’unir pour appuyer le SOFR comme taux de remplacement recommandé pour le LIBOR. Il semble donc qu’une décision sera prise bientôt. Pour l’instant, nous suivons l’actualité, ce sujet continue d’évoluer toutes les semaines et tous les mois. Nous nous attendons à d’autres nouvelles au cours de l’été. Entre-temps, des dispositions de rechange ont été ajoutées dans les documents de prêts et de titres garantis par des prêts. Des directives sont données, ainsi que les taux à utiliser dans l’éventualité où le LIBOR n’était plus disponible et un taux de remplacement officiel n’était pas encore confirmé. Cela dit, nous nous attendons à ce qu’un taux de remplacement officiel soit confirmé, mais des dispositions de rechange sont prévues au cas où.

Steve Peacher : Troisième et dernière question. Les prêts bancaires sont comme le cousin germain du marché des obligations à rendement élevé. Structure différente, beaucoup d’émetteurs semblables et les marchés, je crois, regardent ce que font les autres pour ce qui est d’évaluer la valeur relative. Si l’on regarde l’évaluation du marché des prêts bancaires aujourd’hui comparativement à un marché à rendement élevé, quelle est votre impression? Pensez-vous que les prêts sont bon marché ou chers?

Kim Frazier : Selon moi, il est difficile de prétendre que les prêts bancaires sont bon marché à l’heure actuelle; certainement si on les compare aux niveaux passés et à certaines autres solutions aussi. Néanmoins, nous croyons que les prêts présentent un attrait comparativement à bien d’autres solutions de revenu fixe, et ce, pour un certain nombre de raisons. L’une d’entre elles est le contexte macroéconomique élargi, la réouverture de l’économie qui est favorable à la prise du risque de crédit. Si l’on regarde le marché des prêts en particulier, les données fondamentales sont saines. Nous voyons que les hausses des agences de notation dépassent les baisses de façon importante cette année. Nous observons une baisse du taux par défaut assez rapide, plus rapide que ce à quoi beaucoup d’entre nous nous attendions. Donc, ces choses sont favorables à la prise du risque de crédit. De plus, en raison de leurs taux variables, les prêts bancaires ont l’avantage de ne pas durer. Dans un contexte où les taux augmentent ou devraient augmenter, nous pensons que les prêts bancaires sont assez bien placés pour offrir des rendements intéressants aux investisseurs. Je dirais qu’il est très difficile de prétendre que les prêts bancaires sont bon marché, du moins certainement par rapport aux niveaux passés, mais nous croyons quand même que pour bien des investisseurs ils répondent à un besoin et qu’il vaut la peine de les ajouter.

Steve Peacher : Eh bien, au début de la pandémie, personne n’aurait pensé que les données fondamentales seraient aussi fortes un an plus tard et appuieraient ces évaluations. J’aimerais, rapidement, vous poser une dernière question inattendue, un peu farfelue. Je ne sais pas si vous êtes familière avec la cryptomonnaie. Personnellement, je suis un peu embêté. Le bitcoin se négocie à environ 40 000 $ aujourd’hui. Pensez-vous que dans cinq ans il vaudra plus ou moins qu’aujourd’hui?

Kim Frazier : Je dirais qu’il vaudra plus, mais je ne me base pas sur une analyse des données fondamentales pour dire cela, contrairement à ce que je fais tous les jours dans le cadre de mon travail axé sur les titres garantis par des prêts, où tout est basé sur une analyse des données fondamentales. Le marché de la cryptomonnaie semble gagner du terrain grâce aux générations plus jeunes et à tous ceux qui s’éloignent des institutions et établissements bancaires traditionnels. Cela dit, je crois qu’il est difficile d’évaluer le bitcoin en fonction de mesures et données fondamentales traditionnelles. Ce marché semble être mû davantage par une sorte d’impulsion. La « sagesse » de la foule, entre guillemets, dicte le prix des titres plus que tout. Si je pariais, je parierais pour les cryptomonnaies en général. Plus particulièrement, je parierais que le bitcoin vaudra plus qu’aujourd’hui dans cinq ans.

Steve Peacher : D’accord, un marché du bitcoin haussier alors. Nous pouvons peut-être nous attendre à ce que les prochains titres garantis par des prêts soient soutenus par le bitcoin. Merci encore d’avoir pris le temps de nous parler et merci à tous d’avoir été à l’écoute de cet épisode de « Trois en cinq ».
 

¹ https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-05-28/structured-weekly-global-clo-outstandings-approach-1-trillion

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