T2 2026 : Le point sur le crédit privé de première qualité
L’évolution des infrastructures numériques exige une nouvelle approche de placement
Les volumes d’activité du marché du crédit privé de première qualité se sont redressés au deuxième trimestre de 2026, se remettant des inquiétudes relatives à la sécurité mondiale, à l’approvisionnement énergétique et à d’autres enjeux macroéconomiques. En outre, l’expansion de la portée, du volume et de la diversité dans l’univers des infrastructures numériques pourrait nécessiter une refonte des stratégies de placement dans ce créneau.
Les statistiques du marché des placements privés proviennent de Private Placement Monitor, un indicateur standard du marché du crédit privé de première qualité. Les autres données de marché sont fournies par Bloomberg.
Marchés
Le marché des placements privés de première qualité a connu un regain de dynamisme au deuxième trimestre de 2026. Les émissions ont bondi après un mois de mars plus lent, et les volumes du premier semestre ont progressé de 60 % par rapport aux années précédentes, selon les données préliminaires du Private Placement Monitor. L’augmentation de la volatilité macroéconomique à la fin du premier trimestre – alimentée par l’escalade des tensions au Moyen-Orient, la hausse des prix de l’énergie, les craintes liées à l’inflation et la situation globale des taux d’intérêt – a contribué à un ralentissement temporaire des émissions. Toutefois, le marché s’est depuis ajusté : les volumes se sont redressés et la demande pour le crédit privé de première qualité est restée forte. L’activité a été généralisée dans tous les secteurs et toutes les catégories d’actifs. De nombreux émetteurs ont privilégié les échéances à plus court terme afin de s’assurer d’une souplesse accrue pour leurs futures décisions de financement.
Les écarts sont généralement restés stables ou se sont resserrés au cours du trimestre. Cela reflète plus largement la vigueur de la demande sur les marchés publics et privés du crédit de première qualité. Nous avons observé que les émetteurs de grande qualité et les secteurs dont les flux de trésorerie sont stables ont continué de susciter un intérêt important de la part des investisseurs. Cela s’est souvent traduit par des opérations sursouscrites et par une dynamique d’appels d’offres concurrentielle. Certains segments du marché, notamment les opérations de financement de fonds, ont vu leurs écarts s’élargir au cours du trimestre, ce qui a inversé une partie du resserrement observé plus tôt dans l’année.
L’activité du marché secondaire continue de représenter un petit sous-ensemble du marché global du crédit privé de première qualité, mais elle a connu une activité accrue au deuxième trimestre. L’offre et la demande ont été largement motivées par le rééquilibrage des portefeuilles, les besoins de liquidité et les vendeurs qui cherchent à améliorer les rendements de leurs portefeuilles plutôt que par des signes de tensions généralisées sur le crédit. Malgré l’attention continue sur le crédit privé, les rachats par les sociétés de développement des affaires et les perturbations liées à l’IA, l’activité sur le marché secondaire est restée ordonnée. Les investisseurs ont continué de faire la distinction entre les secteurs, les émetteurs et les structures.
Les marchés des créances liées aux infrastructures sont restés actifs au deuxième trimestre, soutenus par un flux d’opérations important dans les secteurs du transport, de l’énergie et des infrastructures numériques. Bien que nous ayons également constaté une augmentation de la demande pour des financements de plus courte durée, les emprunteurs du marché des infrastructures continuent de rechercher des solutions de capital à long terme. Parallèlement, les investisseurs restent concentrés sur les actifs de grande qualité présentant des flux de trésorerie stables, des caractéristiques de services essentiels et de solides données fondamentales liées à la demande sous-jacente.
Les marchés de la titrisation et des titres adossés à des actifs (TAA) privés ont continué de faire preuve de résilience, même si l’escalade des tensions au Moyen-Orient a fait grimper les prix de l’énergie ainsi que l’inflation globale et a nuit aux perspectives des taux d’intérêt. Le rendement des portefeuilles diversifiés de TAA est resté globalement stable et conforme aux attentes, mais les données fondamentales liées à la consommation continuent de bifurquer.
Perspectives
Dans un marché du crédit privé de plus en plus concurrentiel, il est de plus en plus important, à notre avis, de mettre l’accent sur les profils de risque, une évaluation rigoureuse et de solides protections structurelles. Même si le resserrement des écarts et la dynamique de sursouscription exigent une sélectivité des placements, la volatilité persistante et la demande des emprunteurs pour des capitaux privés flexibles continuent de créer des occasions sur les marchés primaire et secondaire.
Dans la ligne de mire
Repenser les approches relatives aux infrastructures numériques
Le volume et le rythme du financement des infrastructures numériques n’ont guère diminué dans les dernières années. Les infrastructures numériques de première qualité ont pris de l’expansion pour couvrir une vaste gamme d’actifs d’utilisation essentielle en dehors de ceux largement associés au mot « numérique ». Auparavant, le secteur était souvent considéré comme reposant sur trois piliers : les centres de données, l’infrastructure de fibre optique et les tours cellulaires. La collecte de fonds pour des projets dans ces catégories est un élément essentiel des marchés financiers depuis plusieurs années.
Cependant, la croissance rapide des infrastructures en cours de développement pour soutenir la demande liée à l’IA exige une compréhension plus approfondie de la façon dont ces actifs numériques traditionnels doivent également se conjuguer aux projets de production et de transport d’électricité, aux installations de fabrication de semi-conducteurs et même au déploiement de câbles sous-marins. Les financements de première qualité pour les actifs d’infrastructure numérique se sont infiltrés dans la plupart des principaux types de marchés de financement, y compris le financement de projets, les titrisations adossées à des actifs, les marchés de prêts hypothécaires garantis, etc. Les investisseurs dans le crédit privé de première qualité croiseront probablement de nombreuses possibilités en infrastructure numérique, avec plus de 200 G$ US d’émissions d’obligations de première qualité par des sociétés technologiques enregistrées en 2025 (source : MUFG, The AI Industrial Revolution, vol. 1, rapport, 2026). Il est nécessaire de mieux comprendre les principaux développements, risques et perspectives pour ces actifs diversifiés pour s’y retrouver dans cet univers de placement en expansion.
Ce que les investisseurs du marché de première qualité doivent surveiller
Certaines caractéristiques tendent à rendre les possibilités viables : contrats avec des parties de première qualité, contrats sous-jacents pluriannuels (ou même sur plusieurs décennies), forte diversification des séries de versements en l’absence d’un preneur unique, solides fondements de l’offre et de la demande, partenaires financiers expérimentés et équipes opérationnelles chevronnées. Ces caractéristiques peuvent être appliquées aux centres de données, aux réseaux de fibres optiques, aux tours cellulaires, à l’infrastructure de production et de transport d’électricité, au matériel informatique et à d’autres projets qui jouent tous un rôle dans l’écosystème numérique plus vaste de l’avenir. Les investisseurs s’intéressent de plus en plus aux modèles d’affaires qui sont nouveaux dans leur domaine, tels que les fournisseurs de services néonuagiques offrant des unités de traitement graphique en tant que service, l’informatique de pointe comme les centres de microdonnées, ainsi que le transport et la logistique cyberphysiques, dont les plaques tournantes et les ports de transport intelligents.
Dans le paysage numérique, les médias ont tendance à faire la part belle aux centres de données, étant donné qu’on estime que 3 T$ US seront dépensés à l’échelle mondiale pour leur développement entre 2026 et 2030. De ce montant, les locataires des centres de données dépenseront entre 1 et 2 T$ US en matériel informatique pour ces installations, créant ainsi des occasions de placement qui se font habituellement en parallèle avec la construction d’installations. Auparavant, les considérations du marché du crédit privé de première qualité pour les centres de données dépendaient en grande partie de la cote de crédit de leurs locataires et de la proximité d’une certaine installation par rapport aux centres urbains. Ces derniers temps, la question de l’emplacement dépendait moins du fait que le marché considérait un projet comme un projet de première qualité, mais plutôt de la capacité de l’installation à disposer d’un approvisionnement suffisant en électricité, soit par un mélange de connexions au réseau existant ou par la production sur place. Les opérations à haut rendement dans le secteur peuvent manquer de dispositifs d’alimentation électrique satisfaisants. Les critères ont donc été élaborés pour tenir compte des nuances d’un secteur en évolution rapide, qui est également éclairé par la rétroaction des marchés financiers. En outre, la prévalence croissante des solutions « derrière le compteur » pour les installations qui ne peuvent pas être prises en charge par l’infrastructure en place a donné lieu à un nouveau chapitre de possibilités portant sur les centrales au gaz naturel, l’énergie solaire et le stockage dans des batteries, qui prennent une place de plus en plus importante dans le secteur des infrastructures numériques.
Le financement des réseaux de fibres optiques a suivi une évolution similaire. Des indicateurs tels que la proximité de zones densément peuplées, la disponibilité d’un accès ouvert à de multiples opérateurs et les coûts élevés liés à la reproduction du réseau, qui constituent un avantage concurrentiel, ont été les facteurs déterminants pour qualifier une opération ou un émetteur de première qualité. Récemment, toutefois, l’importance d’être un précurseur dans l’élaboration d’une infrastructure de réseau qui peut combler l’écart entre les centres régionaux d’inférence en IA, en raison de la dépendance des centres de données à l’accès à ces réseaux, a incité les investisseurs à examiner la solvabilité d’un projet d’un point de vue différent. Les grands déploiements financés par le Broadband Equity, Access and Deployment Program (BEAD) aux États-Unis peuvent aider l’infrastructure dans les régions rurales à démarrer. Cependant, nous croyons qu’il faut envisager avec prudence les placements possibles dans le déploiement de la fibre optique, car certains projets pourraient reposer sur des prévisions d’adoption trop spéculatives, fondées uniquement sur l’emplacement. C’est ce qui s’est produit dans le cas de nombreuses occasions à haut rendement.
Les marchés des réseaux de tours cellulaires ont connu une moins grande transformation, car de nombreux opérateurs clés continuent d’exploiter des réseaux comptant des milliers de tours, dont l’accès est accordé aux opérateurs dans le cadre d’ententes-cadres de services de longue durée. Nous nous attendons à ce que les opérateurs de télécommunications traditionnels continuent d’essaimer leurs portefeuilles de tours cellulaires afin d’offrir d’autres occasions aux investisseurs institutionnels.
Principaux risques liés aux infrastructures numériques
La consommation d’électricité prévue des centres de données, qui, aux États-Unis, pourrait être cinq fois plus élevée que leurs besoins actuels et exiger jusqu’à 1 T$ en dépenses d’ici 2030, a entraîné un point d’inflexion dans le développement des infrastructures numériques. Dans cette conjoncture, la nécessité de s’attaquer aux limites physiques de la disponibilité actuelle de l’électricité et des systèmes de refroidissement a donné lieu à des besoins croissants de dépenses en capital. Vu que les grands projets de centres de données cherchent maintenant à réunir des dizaines de milliards de dollars de capitaux, nous avons constaté que certains d’entre eux impliquaient la mise en place d’une infrastructure électrique capable d’alimenter une petite ville. Cela s’explique en grande partie par le fait que de plus en plus de fonds ont été recueillis dans le but d’investir à la fois dans les centres de données et dans l’infrastructure électrique connexe.
De telles occasions entraînent un plus grand risque d’interface, mais aussi un risque accru d’opposition du public. En 2026 seulement, des projets de centres de données se chiffrant à 42 G$ US ont été annulés en raison de la résistance des collectivités. Cependant, d’autres facteurs continuent de faire avancer le développement de ces projets, dont la concurrence croissante entre les grands acteurs géopolitiques pour saisir et conserver un avantage en IA, ainsi que des mandats réglementaires qui exigent des capacités de traitement des données nationales.
Par conséquent, plusieurs aspects au-delà des caractéristiques structurelles d’une opération financière jouent un rôle dans les risques dont les investisseurs doivent tenir compte. En ce qui concerne les infrastructures numériques, il est tout aussi essentiel de bien comprendre le climat politique et réglementaire que les paramètres quantifiables d’une opération donnée. Par exemple, un récent sondage YouGov révèle que 65 % des Américains interrogés pensent que l’IA réduira le nombre d’emplois disponibles aux États-Unis, et que jusqu’à 45 % des Américains se disent très ou quelque peu préoccupés par le fait que l’IA pourrait causer l’extinction humaine.
La prévalence croissante du sentiment « pas dans ma cour » et les changements de politiques réglementaires attribuables aux pressions politiques peuvent faire dérailler les marchés de financement qui fonctionnent encore à un rythme record. Les investisseurs feraient bien de réfléchir à la façon dont l’humeur du public et la réglementation future pourraient façonner le climat de placement de demain. Qu’il soit public ou privé, le marché de première qualité et le financement qu’il apporte sont des facteurs essentiels aux aspirations des développeurs et à la concrétisation des infrastructures numériques futures. Pour investir dans cet éventail de nouvelles occasions, il faut travailler avec des gestionnaires d’actifs qui comprennent bien les complexités, les obstacles potentiels et les dynamiques de croissance de ces créneaux.
Sources : Private Placement Monitor; Bloomberg; The Economist; JLL, Global Data Center Report; Infrastructure Investor, Digital Report (juin); Équipe Capital Markets Strategy de MUFG, The AI Industrial Revolution (vol. 1); McKinsey, Global Private Markets Report; YouGov, 2026.
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