Dec Mullarkey
Directeur général, stratégie de placement et répartition de l’actif
La semaine dernière, le président de la Fed, Kevin Warsh, a laissé les marchés sceptiques quant à sa volonté d’augmenter rapidement les taux si l’inflation persiste. Depuis, les taux des obligations d’État américaines à long terme ont augmenté pour refléter l’incertitude. Entre-temps, certains membres de la Fed ont exprimé leurs préoccupations accrues concernant l’inflation et assuré les marchés qu’elle était examinée attentivement.
Les ménages et les dirigeants d’entreprise craignent déjà une surchauffe de l’inflation. Ils perçoivent la pression découlant des tarifs, des factures d’énergie et des coûts initiaux du déploiement de l’IA. La Réserve fédérale de New York effectue de longue date un sondage sur l’opinion des consommateurs. À l’heure actuelle, les données prévoient une inflation supérieure à 3 % au cours des trois prochaines années. Il s’agirait du niveau d’inflation le plus élevé depuis les secousses postpandémiques de 2022. Selon les sondages menés auprès des entreprises par l’Institute for Supply Management (ISM), les prix payés ont été élevés tant pour le secteur manufacturier que pour le secteur des services. Dans ce secteur, notamment, qui représente l’essentiel de l’inflation liée à la consommation, les prix ont constamment augmenté.
M. Warsh souhaite que les marchés « se préoccupent du ballon plutôt que de l’arbitre », donc qu’ils se concentrent sur les données économiques au lieu d’anticiper les actions de la Fed. Mais M. Warsh a noté la semaine dernière que la mesure actuelle de l’inflation par la Fed n’est peut-être pas la bonne. Cette remarque a suscité la méfiance des marchés quant à la possibilité que la Fed puisse tenter de contourner le problème, comme si elle remplaçait le marqueur en plein match. Lorsque M. Warsh parle de réduire la taille du bilan de la Fed, sans donner de précisions, cela risque de changer la donne. Les marchés craignent qu’une vague d’offre inattendue ne fasse grimper les rendements.
Dans un système d’information économique asymétrique, où une partie dispose de plus de données que l’autre, il est utile que la partie dominante signale la qualité de son information à l’autre partie pour faciliter la réalisation des transactions. En l’absence de signaux, la partie subordonnée pourrait imaginer le pire, ce qui entraînerait un processus laborieux de détermination des prix. La Fed et les marchés semblent se trouver aux premiers stades d’une détermination de la quantité d’information qu’il faut communiquer. Dans l’intervalle, cette situation va probablement accroître la volatilité.
Sources : Bloomberg, The Economist, The Financial Times, 2026.