Dec Mullarkey
Directeur général, stratégie de placement et répartition de l’actif
Les inquiétudes concernant les perturbations de l’emploi liées à l’IA augmentent, c’est compréhensible. Un rapport a été publié cette semaine par l’un des grands joueurs du secteur. Ce rapport portant sur les effets de l’IA à l’intérieur même de cette entreprise s’est avéré une lecture incontournable. Il analyse une quantité considérable de renseignements (données internes, sondages, entretiens) pour en arriver à des conclusions intéressantes.
Premièrement, l’IA a effectivement une incidence sur le nombre d’emplois au sein de l’entreprise. En particulier, il y a eu moins d’embauches pour les postes de premier échelon. Elles ont diminué d’un tiers depuis le début de 2025, et l’entreprise lie directement cette baisse à une utilisation accrue de l’IA et des agents conversationnels. Deuxièmement, la productivité est en hausse. Par rapport à des pairs à très grande capitalisation, l’entreprise affiche un revenu par employé nettement plus élevé après cinq ans.
Cependant, l’un des constats les plus intéressants concerne la façon dont sont considérés les emplois de demain. Tous les agents d’IA sous-jacents exigent une attention humaine accrue. Ce phénomène accroît la coordination entre les gens, ce qui exige plus de réunions. Cette évolution suggère que l’expertise du secteur est laissée à l’IA tandis que les personnes gèrent le réseau. Concernant ses embauches, l’entreprise a noté qu’elle privilégiait le jugement et l’autonomie comparativement à l’expertise et à la mise en œuvre.
Le rapport provient d’une entreprise de pointe dans le secteur de l’IA, mais il ne s’agit que d’une seule étude de cas. Néanmoins, certaines conclusions s’imposent. Examinons la question sous un autre angle : si moins d’entreprises embauchent de jeunes diplômés, elles devront alors débaucher des gestionnaires pour développer leurs activités. Mais à mesure que cette approche devient plus coûteuse et que les talents se font rares, elles devront revenir à l’embauche et à la formation de leurs propres ressources. Ne pas mettre l’accent sur l’expérience du secteur semble donc trop simpliste. Beaucoup de recherches montrent que le jugement et l’autonomie sont des fonctions de la connaissance d’un secteur. Et cette connaissance se construit dans les premières étapes d’une carrière.
Terminons avec une nouvelle moins préoccupante. L’entreprise en question a également publié une annonce à Londres cette semaine pour recruter un adjoint ou une adjointe de direction. Son travail? Aider les cadres supérieurs à organiser leurs calendriers, leurs déplacements et leurs dépenses. Pourquoi ne pas recruter un robot, direz-vous? Eh bien, il existe encore des tâches essentielles qui exigent une touche humaine.
Sources : Bloomberg, The Financial Times, 2026.