Épisode 02

Crédit privé – À la croisée des marchés : bilan & perspective

En cette année d’incertitude économique, d’inquiétudes persistantes sur les taux et d’élargissement de la recherche de rendements ajustés au risque par les investisseurs, quelle est la situation globale du crédit privé? Dans le dernier épisode de notre série de balados À la croisée des marchés : bilan & perspective, nous discutons des perspectives du crédit privé de première qualité et à haut rendement et de la dette immobilière.

Vincent Gay-Bessette

Directeur principal dans l’équipe Développement des affaires

Maurice Primeau

Directeur général et gestionnaire de portefeuille dans l’équipe Revenu fixe privé

Louis Lavoie

Directeur général et membre de comités d’investissement à Crescent Capital Group

Marc Boudreau

Vice-président, chef de la région de l’Est, placements hypothécaires à BGO

Vincent Gay-Bessette : Bienvenue dans notre série de balados À la croisée des marchés : bilan & perspective. Aujourd’hui, nous discutons du crédit privé, c’est-à-dire des perspectives pour le marché du crédit privé de première qualité, le marché du crédit privé à haut rendement et les marchés de la dette immobilière. Je m’appelle Vincent Gay-Bessette, directeur principal dans l’équipe Développement des affaires, Gestion SLC. Je suis en compagnie de Maurice Primeau, directeur général et gestionnaire de portefeuille dans l’équipe Revenu fixe privé, Gestion SLC, de Louis Lavoie, directeur général et membre de comités d’investissement à Crescent Capital Group et de Marc Boudreau, vice-président, chef de la région de l’Est, placements hypothécaires à BGO. Merci à tous d’être avec nous. Commençons par définir le crédit privé. À la base, il s’agit de prêts négociés en privé entre un emprunteur et un prêteur non bancaire. Cela peut prendre beaucoup de formes, mais heureusement, nos panélistes sont des experts. Louis, votre domaine d’expertise est le crédit privé à haut rendement. Pourriez-vous le définir pour nos auditeurs et auditrices?

Louis Lavoie : Bonjour, Vincent. Le crédit privé, comme vous le dites, fait généralement référence aux prêts accordés par des institutions financières non bancaires à des entreprises ou à des actifs. Il englobe un large éventail de solutions de financement par emprunt pour différents profils d’emprunteurs, besoins de financement et structures de capital. Les solutions comprennent les prêts aux entreprises dans des contextes d’acquisitions par les équipes de directions ou par des fonds spécialisés (Management/Private Equity buy-out), les situations spéciales ou même l’investissement dans des entreprises en difficulté ou sous-performantes. Il peut s’agir aussi de produits de financement spécialisés, comme les prêts sur la valeur nette d’actifs et la dette immobilière et d’infrastructure. Les stratégies de crédit privé peuvent couvrir un large éventail d’emprunteurs, p. ex, micro-entreprises, grandes entreprises, entreprises en démarrage et entreprises matures. Ces stratégies peuvent couvrir presque tous les niveaux de la structure du capital, de la dette garantie de premier rang de première qualité à la dette de premier ou de second rang à haut rendement, en passant par des titres hybrides comme les capitaux propres structurés.

Vincent Gay-Bessette : Donc Louis, une question de suivi : où voyez-vous les investisseurs utiliser le crédit privé à haut rendement dans leurs allocations d’actifs?

Louis Lavoie : Nous pensons que le crédit privé est devenu une allocation de premier plan pour ceux et celles qui recherchent une diversification des revenus et une protection du capital. Le crédit privé à haut rendement offre généralement des rendements plus élevés que les alternatives liquides comme les prêts bancaires syndiqués et les obligations à haut rendement. Du côté institutionnel, c’est une allocation importante pour les investisseurs axés sur le passif – comme les assureurs et les régimes de retraite d’entreprise à prestations déterminées – et pour les investisseurs qui cherchent un rendement plus élevé – comme les régimes de retraite, les fonds de dotation et les fondations –, compte tenu des primes disponibles par rapport aux autres alternatives à revenu fixe. Le crédit privé s’est également démocratisé auprès des particuliers ces dernières années, grâce à l’expansion des types d’offres disponibles pour les investisseurs, ce qui a rendu cette classe d’actifs plus accessible, avec des montants d’investissement minimal plus bas, une simplification de la déclaration fiscale et des options de liquidité.

Vincent Gay-Bessette : Excellent. Merci, Louis. Je pense que cela reflète bien ce que nous voyons également sur le marché. Maurice, nous passons à vous. Votre centre d’intérêt est le crédit privé de première qualité, aussi appelé « investment grade ». Comment cela se compare-t-il au crédit privé à haut rendement que Louis vient de décrire?

Maurice Primeau : Merci Vincent. Souvent, le crédit privé de première qualité est une notion un peu moins comprise et nous le comparons fréquemment au crédit privé à haut rendement que Louis vient de décrire. Ce n’est certainement pas du crédit privé à haut rendement, mais il y a certaines similitudes. Je dirais que le crédit privé de première qualité se situe parfaitement entre ce qui est disponible du côté public du crédit de la première qualité, et ce que Louis a décrit comme du crédit privé à haut rendement. En fait, c’est un instrument de dette disponible pour les investisseurs qualifiés qui, de plus, n’est pas enregistré auprès d’une autorité réglementaire, mais plutôt négocié dans un cadre privé. Il y a beaucoup de flexibilité dans son offre et son application, mais en général, il s’agit d’une dette négociée et structurée sur mesure pour répondre aux besoins de l’emprunteur. En raison de son illiquidité et/ou de sa complexité structurelle, le crédit privé de première qualité offre souvent une prime de rendement supérieure à celle des titres publics de qualité équivalente. La plupart de nos investissements sont réalisés sur une base à taux fixe, mais nous constatons également une croissance des transactions à taux variable. La majorité de nos investissements sont réalisés sur une base garantie de premier rang, mais également sous forme non garantie, mais en grand parti de premier rang dans la structure du capital d’un emprunteur. Et généralement, nos investissements bénéficient de clauses restrictives et affirmatives, de nature financière et non financière, qui prévoient une protection dans des scénarios de détérioration potentiels et qui permettent aux prêteurs de rappeler les emprunteurs à la table des négociations, si nécessaire. Ce que nous voyons comme des opportunités dans notre secteur, ce sont des transactions sur toute la courbe d’intérêt qui permettent des transactions à court terme, à taux fixes et flottants, s’étendant jusqu’à 40 ans et au-delà, sur une base de taux fixe. Le marché est en croissance constante et selon certains indicateurs, le crédit privé de première qualité continue de croître d’année en année à un rythme record. Nous sommes voyons de nouveaux émetteurs, et des émetteurs qui reviennent sur le marché, à la recherche de solutions de financement apportées par le marché du crédit privé.

Vincent Gay-Bessette : Merci Maurice. Historiquement, on pourrait dire que cette classe d’actifs a d’abord intéressé principalement les assureurs. Pouvez-vous nous dire s’ils sont toujours les principaux investisseurs aujourd’hui? Sinon, qui d’autre s’intéresse au crédit privé?

Maurice Primeau : Les assureurs investissent dans le crédit privé depuis des décennies. C’est une classe d’actifs solide qui peut s’étendre sur les types de passifs à plus longue durée pour répondre aux flux de trésorerie. Je dirais, comme vous l’avez correctement souligné, qu’il y a eu beaucoup plus d’applications de cette classe d’actifs du point de vue des investisseurs : elle comprend désormais des régimes de retraite publics et privés, des bureaux familiaux (family offices) et d’autres investisseurs institutionnels qui voient la valeur du crédit privé. Comme classe d’actifs, le crédit privé a certainement bénéficié de la croissance de tous les types d’investisseurs cherchant une bonification de rendement sans prendre trop de risques supplémentaires1. Cette classe d’actifs est également disponible dans des secteurs du marché qui sont peu ou pas disponibles dans les titres publics, contribuant ainsi à une meilleure diversification du profil de risque. Elle a vraiment pu répondre à ce besoin, les investisseurs cherchant à obtenir des rendements dans un environnement concurrentiel où, surtout sur le marché actuel, les écarts de crédit continuent de se resserrer. Nous nous concentrons sur l’atteinte d’un objectif de rendement supérieur à celui des obligations publiques comparables. Nous n’avons pas de taux de rendement spécifiques ni de rendement élevé, nous sommes toujours relatifs à ce qui est disponible du côté public, dans la catégorie « première qualité ». Si vous pensez au meilleur exemple, vous devez être axé sur les solutions adaptées aux besoins et aux exigences des investisseurs. Nous visons à atteindre leurs objectifs : en recherchant des actifs de crédit privé sur le marché pour répondre à leur passif et leurs engagements. C’est une classe d’actifs solide pour cela au sens traditionnel.

Vincent Gay-Bessette : Parfait. Passons maintenant à Marc : qu’est-ce que la dette immobilière et comment voyez-vous son intégration dans le monde du crédit privé?

Marc Boudreau : La dette immobilière est une forme de financement basé sur des actifs immobiliers par l’intermédiaire d’hypothèques enregistrées aux titres de la propriété. Le prêt offre à l’emprunteur un effet de levier qui maximise ses rendements tout en lui permettant de bénéficier d’une dette à un taux d’intérêt inférieur et de jouer sur un portefeuille immobilier élargi. Il existe diverses catégories d’actifs immobiliers : logements multifamiliaux, bâtiments industriels, bureaux, centres commerciaux et propriétés spécialisées, RPA, entrepôts frigorifiques et centres de données. Les emprunteurs, avec leur force et leur expérience, représentent une composante très importante de qualification de risque du prêt immobilier : les propriétaires privés ou institutionnels et les opérateurs et promoteurs d’actifs immobiliers. Chez nous, il existe essentiellement deux créneaux de prêts hypothécaires : 1) les prêts de première qualité sécurisés par des actifs stabilisés, dont l’objectif est de générer des revenus couvrant le coût de la dette, et 2) les prêts à plus haut risque regroupés en deux catégories, c.-à-d. les prêts de construction, et les prêts plus risqués ne répondant pas à tous les critères d’actifs de première qualité, comportant plus de structure et/ou de rendement. Du point de vue de l’investissement en dette immobilière, notre rang de créancier hypothécaire, plus souvent de premier rang, représente une stratégie de préservation du capital en générant un revenu stable. Cela permet aux investisseurs d’accéder aux fondamentaux de l’immobilier sans assumer toute la volatilité et les risques associés. C’est une stratégie qui équilibre la protection contre les baisses de valeurs avec des rendements ajustés au risque cohérents (risk return). C’est précieux dans des environnements de marché incertains comme ceux que nous avons connus récemment.

Vincent Gay-Bessette : Marc, quels types d’investisseurs voyez-vous typiquement s’intéresser à la dette immobilière?

Marc Boudreau : Nous constatons une demande d’une large gamme d’investisseurs qui apprécient la nature efficace en capital de la classe d’actifs, p. ex. investisseurs institutionnels, fonds de pension, assureurs, fonds de dotation et fonds souverains. On constate aussi un intérêt accru des plateformes de gestion de patrimoine privé et des particuliers fortunés qui recherchent des solutions de rechange à leurs revenus fixes traditionnels et veulent accéder à des stratégies de marché privé comme la dette immobilière. En outre, nous commençons à voir plus de structures comme les billets notés (prêts notés première qualité par une agence de notation) faire leur chemin dans les offres de dette immobilière.

Vincent Gay-Bessette : Excellent. Penchons-nous maintenant sur l’environnement de marché actuel. Les taux d’intérêt restent élevés, les marchés boursiers sont proches de niveaux records et l’incertitude du commerce mondial persiste. C’est une période intéressante pour toutes les classes d’actifs, et le crédit privé ne fait pas exception. Marc, je vais commencer par vous cette fois. Comment les conditions actuelles du marché ont-elles influé sur la dette immobilière?

Marc Boudreau : L’effet au Canada a été différent de celui aux É.-U. Au Canada, la hausse des taux d’intérêt a été relativement bien intégrée aux portefeuilles immobiliers, et les marchés immobiliers ont été généralement moins touchés. On a vu une hausse de taux moins élevée qu’aux É.-U., des structures de prêts moins agressives (amortissement et garantie) et une part importante de marché appartenant aux investisseurs institutionnels. Les secteurs du bureau et du condo résidentiel ont été touchés. Le secteur du bureau commence à se rétablir avec des employeurs exigeant plus de présences au bureau. Il faut surveiller l’incertitude du commerce mondial qui crée une correction sur le marché industriel; précédemment, ce dernier avait connu une montée fulgurante. En conclusion, au Canada, les institutions financières ont continué de prêter dans l’immobilier sans interruption et il y a eu peu de correction, ce qui a maintenu un marché compétitif. Aux É.-U., des taux plus élevés ont amélioré les rendements sur les nouveaux prêts, ce qui est bon pour les prêteurs, mais cela a mis de la pression sur les renouvellements et le refinancement, surtout pour les dettes à taux variable. Cela crée des opportunités pour les prêteurs immobiliers privés ou alternatifs proposant des solutions créatives. BGO se concentre sur ces opportunités en souscrivant avec discipline et en exigeant des structures plus solides ciblant des emprunteurs de premier ordre.

Vincent Gay-Bessette : Merci. Louis, Marc vient de mentionner des taux plus élevés et je sais que cela a une incidence particulière sur votre classe d’actifs. Que signifient des taux plus élevés pour le crédit privé traditionnel?

Louis Lavoie : Merci, Vincent. Avec des taux plus élevés pour plus longtemps, il est devenu de plus en plus difficile pour les fonds de capital-investissement (communément appelé private equity) de retourner le capital investi aux investisseurs. Dans le prêt direct, « plus élevé pour plus longtemps », c’est généralement quelque chose de positif pour les multiples sur le capital investi : nous pouvons conserver nos prêts en cours pendant de plus longues périodes, tout en continuant de recevoir les rendements courants sous forme d’intérêts. Le revers de la médaille, c’est que la sélection du gestionnaire devient un aspect encore plus critique pour les résultats d’investissement, car les crédits, qui sont en place plus longtemps, doivent rester sains. Il y aura des gagnants et des perdants dans cet environnement de type « plus élevé pour plus longtemps », par rapport à un contexte plus clément où tout le monde peut être gagnant. Comme les fonds de capital-investissement conservent les actifs plus longtemps, il y a pour nous, en tant que prêteurs, plus d’opportunités de modifications et d’extensions des crédits. Il y a aussi plus d’activité de financement d’acquisitions additionnelles, lorsque les promoteurs cherchent à créer de la valeur dans leurs sociétés de portefeuille. Il y a aussi la possibilité d’offrir du capital de transition pour restructurer les bilans et réduire les charges d’intérêts en liquidités. De plus ce type de marché offre des opportunités de liquidité secondaire, car il y a un besoin important de capital à retourner et de liquidité à générer. À titre d’exemples, on peut penser aux véhicules de continuation et aux opportunités de liquidités spécifiques aux commanditaires et aux commandités par le biais de diverses formes de financement. On parle couramment en anglais de GP et LP Lending et aussi de NAV Lending. Et enfin, il y a même des opportunités de crédit privé disponibles pour les banques afin de les aider à améliorer leur liquidité en optimisant leurs exigences de capital réglementaire.

Vincent Gay-Bessette : Merci Louis. Comment les portefeuilles se comportent-ils?

Louis Lavoie : Les portefeuilles de prêts directs se portent bien dans l’ensemble. Je soulignerais quelques domaines d’attention particuliers pour nous : 1) l’exposition potentielle aux droits de douane américains; 2) la montée des intérêts capitalisés (PIK); et 3) la qualité du crédit. En ce qui concerne les droits de douane, je dirais que la plupart des prêteurs directs ont une exposition directe minimale, car la majorité des entreprises sont basées aux États-Unis et ont des Clients américains et des fournisseurs américains. Et la plupart ne sont pas dans des industries principalement affectées par les droits de douane. Je pense que l’exception, dans certains cas, est concentrée à l’extrémité supérieure du marché intermédiaire, où les prêteurs directs sont en concurrence avec le marché des prêts bancaires syndiqués pour les grandes entreprises qui ont des opérations souvent plus mondiales et qui peuvent donc rencontrer plus de problèmes avec l’importation, l’exportation ou le transport de marchandises à travers les frontières. En ce qui concerne les intérêts capitalisés, nous avons constaté une augmentation de ces derniers en pourcentage du revenu d’investissement total pour un certain nombre de prêteurs directs, compte tenu de l’environnement de taux plus élevés pour plus longtemps, et du fait qu’un certain nombre d’entreprises n’ont pas été en mesure de réduire les niveaux d’endettement élevés qui ont été mis en place dans un environnement de taux de base presqu’à zéro. Et en ce qui concerne la qualité du crédit, nous suivons les défauts. Les taux de défaut des prêts directs aux financement sponsorisés (Private Equity) continuent d’être inférieurs à ceux des prêts non sponsorisés et des marchés publics. Les taux de défaut des prêts directs sponsorisés en nombre sont inférieurs à 2 % contre 3 % pour les prêts non-sponsorisés, plus de 5 % pour les prêts bancaires syndiqués et 3 % pour les obligations à haut rendement2. Ce sont des choses que nous continuerons de surveiller de très près dans le paysage des prêts directs.

Vincent Gay-Bessette : Excellent. Finalement Maurice. Je pense que des taux plus élevés pour plus longtemps, comme l’a mentionné Louis, pourraient signifier quelque chose de différent pour le crédit privé de première qualité étant donné la nature à taux fixe de la plupart des actifs. Donc, pourriez-vous nous dire comment l’environnement de marché actuel, y compris les taux d’intérêt plus élevés, se répercute sur le crédit privé de première qualité?

Maurice Primeau : C’est certainement une question intéressante. La classe d’actifs a bénéficié aux émetteurs lorsque c’était un environnement de taux d’intérêt plus bas pour plus longtemps, où ils pouvaient d’émettre à des taux d’intérêt vraiment bas. Maintenant, nous sommes dans un environnement différent où c’est plus élevé pour plus longtemps, et si un émetteur a de la flexibilité, peut-être qu’un environnement de taux d’intérêt plus élevés va reporter l’investissement ou reporter le lancement d’un projet et donc reporter les besoins de financement. Cela étant dit, nous avons des écarts de crédit qui se resserrent. Les coûts d’intérêt totaux des emprunteurs atténuent, dans une certaine mesure, les taux de base plus élevés dans lequel nous nous trouvons. Donc, c’est un aspect d’un environnement plus élevé pour plus longtemps. Comme vous l’avez mentionné, la majorité des marchés de la dette privée sont à taux fixe. En général, nous ne voyons pas de faiblesses dans les portefeuilles en conséquence. Nous surveillons les portefeuilles par rapport aux facteurs macroéconomiques et à leurs impacts sur nos investissements, avec les taux d’intérêt plus élevés, et nous sommes assez satisfaits de la force des portefeuilles. J’aimerais souligner ce que Louis vient de dire, quand il a parlé du financement qui est nécessaire pour les gestionnaires d’actifs qui conservent les actifs plus longtemps. Il y a beaucoup de similitudes avec ce qu’il a dit concernant les actifs de première qualité également. Plus précisément, dans le secteur du financement de fonds qui s’adresse à l’investisseur de la catégorie « première qualité ». Nous avons constaté une augmentation des opportunités qui se sont manifestées sur le marché dans cette classe d’actifs, comme Louis vient de décrire. Nous constatons un certain nombre d’augmentations dans les stratégies secondaires pour les gestionnaires qui arrivent, levant des fonds secondaires et beaucoup de financement de véhicules de continuation. Une grande partie de la dette pour ces véhicules est levée par le biais du marché du crédit privé de première qualité. En terminant, nous voyons beaucoup d’opportunités d’investissement accrues dans le financement de fonds de type « valeur liquidative », mieux connu sous le nom de NAV, à la fois sur les marchés primaire et secondaire. C’est une dynamique intéressante que Louis a décrite et qui se retrouve également du côté « première qualité », malgré des taux d’intérêt plus élevés pour plus longtemps.

Vincent Gay-Bessette : Excellent. Notre dernière série de questions porte sur les attentes de nos panélistes dans leurs classes d’actifs pour le reste de l’année. Maurice, cette fois je commence par vous. Quelles sont vos perspectives pour le crédit privé de première qualité?

Maurice Primeau : En regardant l’année en cours avec les nouvelles géopolitiques et les problèmes macroéconomiques qui ont fait la une, nous avons été témoin de la résilience de la classe d’actifs du crédit privé de première qualité. Nous avons eu un solide premier semestre, et bien que je n’aie pas de boule de cristal pour dire ce qui va se passer sur le front géopolitique et macroéconomique, la résilience du marché de la dette privée de première qualité devrait se poursuivre. Nous pensons que le secteur de la dette privée reste robuste et que des opportunités continueront de se présenter sur le marché pour le reste de l’année. Nous nous attendons à un second semestre 2025 chargé et à un premier semestre 2026 très occupé. Nous restons enthousiastes, et c’est simplement un témoignage de l’application de cette classe d’actifs du point de vue des émetteurs de la dette privée de première qualité, ce que j’ai évoqué au début. Il y a beaucoup plus de preuves de son utilisation par les émetteurs qui arrivent sur ce marché en période d’incertitude pour s’assurer qu’ils obtiennent une certitude d’exécution et le financement dont ils ont besoin. Je pense que cela va se poursuivre au second semestre.

Vincent Gay-Bessette : Génial. C’est très intéressant d’entendre vos réflexions pour la suite. Marc, quelles sont vos perspectives sur la dette immobilière?

Marc Boudreau : Au Canada nous sommes enthousiastes quant aux perspectives et aux opportunités que nous voyons devant nous. Sur le plan des prêts sur propriétés stabilisés, nous avons une longue expérience dans ce domaine où nous avons toujours été actifs. Il existe une bonne demande dans le marché canadien pour ces prêts de qualité, et plusieurs opportunités à saisir à même une très forte compétition entre plusieurs prêteurs. Notons aussi la visibilité, la flexibilité et le suivi de marché requis, tout en maintenant une discipline et une rigueur de souscription. Les prêts à rendements accrus sont plus touchés, surtout par i) la hausse des taux, ii) la baisse du marché de la construction de condos et iii) le développement industriel spéculatif. La recette gagnante est d’être créatif avec de bonnes structures de prêts et des souscriptions prudentes, en visant le bon produit dans le bon marché avec le bon Client. Le résultat? Un bon volume de TX provenant des marchés primaires, et la possibilité d’excéder le plan d’affaires encore une fois cette année. Aux É.-U., il y a eu un impact sur la dette immobilière : de nombreux prêteurs traditionnels se sont retirés du marché ou n’ont prêté qu’à un niveau de levier très bas, ce qui a créé un besoin croissant de capitaux alternatifs et de crédit privé. Cela a créé des opportunités de rendements ajustés au risque attractives en maintenant de solides clauses restrictives avec des structures serrées sur ces prêts. Aujourd’hui, l’enthousiasme revient avec un bon pipeline de nouveaux prêts : le marché est plus actif avec un volume des transactions immobilières à la hausse, surtout au niveau de la classe d’actifs résidentiels. La demande provient : i) de refinancements, ii) de ventes d’actifs, iii) de recapitalisations et iv) de prêts à la construction pour de nouveaux développements. BGO se concentre surtout sur les prêts à la construction d’actifs résidentiels qui répondent à un besoin élevé de logements aux É.-U., en offrant des prêts flexibles et créatifs. Elle continue de miser sur son expertise pour naviguer à travers les cycles et maintenir une souscription disciplinée, et demeure enthousiaste quant aux opportunités du marché.

Vincent Gay-Bessette : Je vois beaucoup d’enthousiasme ici; je suis content d’entendre que les choses s’améliorent en ce qui concerne le marché immobilier. Louis, vous êtes le dernier, mais non le moindre : quelles sont vos perspectives pour le crédit privé à haut rendement?

Louis Lavoie : Nous pensons que l’avenir du crédit privé à haut rendement est prometteur. Ce marché a connu une croissance formidable dans la dernière décennie, devenant une composante essentielle du paysage des investissements alternatifs. Les allocations des investisseurs ont augmenté de façon importante. Alimentée par la recherche de diversification des revenus et des primes de risque attractives, cette classe d’actifs représente plus de 1 600 milliards de dollars3. Les investisseurs institutionnels ont évidemment ouvert la voie, attirés par la solide adéquation risque/rendement du crédit privé, par la génération de flux de trésorerie prévisibles et stables et par une corrélation plus faible avec les marchés publics. Il y a devant nous de belles opportunités de déploiement dans le marché. Les fondamentaux sont solides et soutenus par les activités de fusion/acquisition et les nouvelles transactions de buy-out, soutenues elles-mêmes par un arriéré important d’opérations. La pression des investisseurs pour restituer le capital, comme nous en avons discuté, et une importante réserve de capital (dry powder) des promoteurs et des prêteurs pour financer ces opérations ouvrent aussi de belles perspectives. Nous notons toutefois certains vents contraires sur le plan de l’activité : l’incertitude tarifaire, économique et géopolitique, combinée à la réticence des promoteurs à conclure des transactions achetées à prix fort dans l’environnement de taux antérieur. Ces incertitudes pourraient repousser des activités de fusion/acquisition et de rachat par effet de levier à plus tard cette année et en 2026, lorsqu’il y aura plus de certitude quant aux problèmes susmentionnés, et potentiellement certaines baisses de taux. Cela dit, les bonnes entreprises se négocient toujours à des multiples attractifs dans l’environnement actuel. En matière d’entrées de fonds, le capital a de plus en plus afflué vers un nombre plus restreint de grands gestionnaires, ce qui a contribué à une plus grande concentration du marché et à la montée en puissance de fonds de prêts directs de plusieurs milliards de dollars. Cette tendance a institutionnalisé la classe d’actifs et renforcé le rôle du crédit privé comme allocation stratégique à long terme. Cependant, elle a également introduit de nouveaux défis. Des fonds plus importants signifient plus de concurrence pour les transactions et plus de pression pour déployer le capital rapidement, ce qui nécessite souvent une participation à des transactions plus importantes, voire plus risquées. Comme Marc a l’évoqué, la sélection du gestionnaire et la discipline de souscription sont plus importantes que jamais. L’une des clés d’un portefeuille d’investissement de crédit est d’éviter les pertes. Il est donc primordial de s’assurer qu’on est en partenariat avec des gestionnaires qui ne priorisent pas la croissance de leurs actifs au détriment de la qualité des investissements.

Vincent Gay-Bessette : C’est intéressant d’entendre votre optimisme pour chacune des classes d’actifs du crédit privé. Il y a certainement des thèmes communs ici. C’est sûr que compte tenu de l’environnement actuel, il est vraiment logique d’avoir une approche disciplinée. Et il semble que vous trois adoptez cette approche. Maurice, Louis, Marc, merci beaucoup de votre participation. C’est tout le temps que nous avons pour cet épisode d’À la croisée des marchés : bilan & perspective. Pour plus d’information, rendez-vous sur gestionslc.ca. Merci de nous avoir écoutés et passez une excellente journée.

1 Private Placement Monitor, 2025.

2 Kroll Bond Rating Agency, 2025.

3 Preqin, 2025.

Sources : Bloomberg, Private Placement Monitor, CoStar, RCA, Preqin, Kroll Bond Rating Agency, 2025. Le contenu a été enregistré le 21 août 2025 et représente le point de vue des participants à cette date. Gestion SLC définit les termes « expert » et « expertise » selon le niveau de connaissance que possèdent ses spécialistes en placement dans un secteur donné du marché du crédit privé et/ou des actifs réels.

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