Épisode 95

May 24, 2023

James Slotnick parle de politique de relèvement du plafond de la dette américaine

James Slotnick, chef des Affaires gouvernementales et de la durabilité à la Sun Life, parle des pourparlers au Congrès au sujet du relèvement de la dette d’ici le 1er juin.

Steve Peacher : Bonjour tout le monde, ici Steve Peacher, président de Gestion SLC. J’ai le plaisir de m’entretenir de nouveau aujourd’hui avec James Slotnick, qui est le vice-président et chef des Affaires gouvernementales et de la durabilité à la Sun Life. Merci, James, d’avoir accepté mon invitation.

James Slotnick : Tout le plaisir est pour moi, Steve. C’est notre troisième ou quatrième entretien, n’est-ce pas? Si vous m’invitez une cinquième fois, il faudra que je porte une veste arborant le chiffre « 5 », comme c’était la tradition à Saturday Night Live. Mais nous verrons comment je me débrouille aujourd’hui, et s’il y a lieu, que vous me réinvitiez.

Steve Peacher : Jusqu’à présent, James, vous avez su captiver l’attention de nos auditeurs, et nous avons pris l’habitude de vous inviter chaque fois qu’il se passe quelque chose à Washington qui a un large impact sur l’économie, comme les élections ou des changements à la législation. Cet épisode est enregistré le mardi 23 mai en matinée, et nous nous entretiendrons sur le plafond de la dette, un sujet qui a fait l’objet de moult débats au fil des années, jusqu’à ce que le Congrès annonce qu’il est parvenu à une entente à la toute dernière minute. Mais, chaque fois, nous nous demandons si cette fois-ci le pire ne pourra pas être évité. Alors, pourquoi continuer de croire que cette fois-ci, la Maison-Blanche et le Congrès arriveront à une entente? Parce que, dans le passé, ils ont toujours réussi à arriver à une entente, même si elle a eu des conséquences. Il y a quelques années, la dette a été déclassée par l’une des agences de notation. Mais doit-on penser que rien ne sera fait dans ce cas-ci?

James Slotnick : On a l’impression que tous les éléments sont réunis pour qu’ils ne parviennent pas à conclure une entente : une faible majorité pour les républicains à la Chambre des représentants, et une très faible majorité pour les démocrates au Sénat. En revanche, quand on voit ce que la Chambre a pu faire il y a 2 ou 3 semaines, avec la Limit, Save and Grow Act, qui a été adoptée à une voix près, et qui a relevé le plafond de la dette sous réserve de réductions des dépenses en guise de compensation, tout porte à croire qu’une entente pourrait être conclue. La semaine dernière, une quarantaine de républicains ont signé une lettre disant qu’ils soutenaient l’esprit et la lettre de la Limit, Save and Grow Act. On a donc l’impression que les républicains sont prêts à s’investir un peu et à s’assurer qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent. Cela dit, je pense que le président Biden est prêt à négocier. De plus, nous avons l’impression d’être en 2011, et qu’une entente sera conclue à la toute dernière minute. À l’époque, le président Boehner avait négocié directement avec le président Obama; aujourd’hui, le président McCarthy et son équipe ont négocié directement avec le président Biden. Ainsi, bien que tous les éléments soient réunis pour qu’ils ne puissent pas conclure d’entente, je pense qu’ils parviendront à conclure une entente en fin de compte.

Steve Peacher : Et, en supposant qu’ils parviennent à conclure une entente, quelle en sera la teneur? À votre avis?

James Slotnick : Les républicains veulent miser sur les 50 ou 70 milliards de dollars du Covid Relief Fund qui n’ont pas été utilisés. Ils tiennent à récupérer cette somme. Certes, ce montant n’est pas considérable, mais c’est une bonne chose de récupérer l’argent inutilisé durant la pandémie de la COVID-19, et il semble que le président et son équipe s’entendent sur ce point. Les deux partis semblent s’accorder sur le fait que les dépenses se sont accélérées depuis la pandémie de la COVID-19. J’ai jeté un coup d’œil sur les dépenses de 2019, c’est-à-dire l’année précédant la pandémie de la COVID-19, et j’ai constaté qu’en 2022, les dépenses étaient environ 30 % plus élevées qu’en 2019. De toute évidence, l’on s’était attendu à ce que les dépenses soient plus élevées en raison de la COVID-19. Mais, selon les républicains, si nous pouvions plafonner les dépenses au niveau de 2022, soit à un niveau 30 % supérieur à celui de 2019, ils trouveraient cela acceptable. On sent donc que l’administration Biden fait tout pour parvenir à conclure une entente. Est-ce que les dépenses seront plafonnées au niveau de 2022, ou peut-être au niveau actuel. Quoi qu’il en soit, les deux parties s’entendent pour maîtriser les dépenses au cours des prochaines années. Et l’un des défis les plus difficiles que l’administration Biden devra surmonter sera de parvenir à la réforme des programmes, un projet important pour les républicains. Je pense que ce qui est un peu plus difficile, mais qui sera probablement résolu à la fin, c’est d’exiger de travailler pour avoir droit de bénéficier de certains des programmes d’aide. Il est certain que Medicaid ne sera pas un programme exigeant de travailler, mais peut-être que SNAP, le programme de coupons alimentaires, ou TANF, le programme d’assistance temporaire, ne seront offerts qu’aux travailleurs. Je crois que les deux partis arriveront à un compromis. Autrement dit, les républicains sont prêts à continuer de dépenser, si les démocrates sont prêts à continuer de dépenser à un niveau nettement supérieur à celui d’avant la pandémie de la COVID-19. L’intention des républicains de maîtriser les dépenses est certes noble. Mais, il est fort probable que dans un an et demi, soit après les élections de 2024, il faudra de nouveau envisager de relever le plafond de la dette.

Steve Peacher : Nous y reviendrons toujours.

James Slotnick : Oui, en effet, Steve.

Steve Peacher : J’ai écouté une entrevue de M. McCarthy hier, qui parlait du niveau des dépenses publiques par rapport au PIB. Dans un passé récent, elles se situaient autour de 21 %. Aujourd’hui, elles s’élèvent à 24 %. Cela représente un argument très solide et, comme vous l’avez dit, les deux partis peuvent y trouver gain de cause et s’entendre pour maintenir le niveau des dépenses tout en les plafonnant. Mais, supposons que l’impensable se produit et qu’une entente ne soit pas conclue, et que le gouvernement n’effectue pas certains paiements arrivés à échéance, plusieurs scénarios sont envisagés. Donc, supposons que nous frappions le mur, quelles en seraient les conséquences politiques? Quel parti pourrait tirer son épingle du jeu?

James Slotnick : Les démocrates en pâtiraient plus que les républicains. La Chambre des représentants a adopté une loi pour relever le plafond de la dette. Cette loi prévoit la réduction des dépenses et le relèvement du plafond de la dette au cours des deux prochaines années, de sorte que les républicains sont en mesure de dire avec assurance qu’ils ont proposé quelque chose. M. Schumer, ne dispose pas des voix nécessaires au Sénat pour faire adopter un projet de loi sur le plafond de la dette. Le Sénat n’a donc pas été en mesure d’adopter quoi que ce soit. La Chambre des représentants a adopté un projet de loi en faveur des républicains. En outre, la cote de popularité du président Biden n’est pas très bonne. Si vous regardez les 5 ou 6 derniers présidents à ce stade de leur présidence, soit 850 jours au pouvoir, le président Trump et le président Biden affichent une popularité de 42 %, ce qui est nettement inférieur à la popularité du président Obama, du président Bush et du président Clinton après le même nombre de jours au pouvoir. Les démocrates ne sont donc pas en position de force. Les deux parties doivent certainement parvenir à une entente, mais je pense que les républicains sont en bien meilleure position si nous nous retrouvons au pied du mur, en espérant que ce ne soit pas le cas. Encore une fois, je ne pense pas que nous frapperons le mur, mais je pense que politiquement, les républicains s’en sortiraient mieux que les démocrates.

Steve Peacher : Il est très difficile de savoir ce qui se passerait sur les marchés, parce que je ne pense pas que l’on puisse prédire à quel moment précis cela se produirait. Je pense que le gouvernement dispose d’une certaine flexibilité. Mais l’on saura que l’on a frappé le mur lorsque le gouvernement sera en défaut de paiement. Et cela dépendra, je pense, de l’impact que cela aura sur le marché. Il est certain que si le gouvernement ne respecte pas les échéances des obligations du Trésor arrivant à échéance, cela aura de nombreux impacts techniques. Si les agences de notation abaissaient encore la note des États-Unis, cela se répercuterait sur les institutions financières qui utilisent les notations pour leurs besoins en capitaux, sur la gestion des actifs, sur les contrats qui ont des exigences minimales en matière de notation. Cela pourrait se répercuter sur les fonds du marché monétaire et sur la façon dont les fonds du marché monétaire du Trésor américain sont évalués. Et le gouvernement dispose d’une certaine flexibilité pour faire face aux échéances des obligations. On ne sait donc pas exactement comment cela se passerait d’un point de vue logistique. Mais je pense que la réaction des marchés en dépend. De plus, si le marché a le sentiment que l’impasse ne dure qu’un jour ou deux avant qu’une solution soit adoptée, la situation se résorbera. Mais, si les marchés ont le sentiment qu’il s’agit d’une grande impasse, et que cela va devenir un problème de plus en plus important, les deux partis prendront une position défensive. On pourrait alors assister à un véritable effondrement des marchés. Il est donc très difficile de faire des prévisions.

James Slotnick : J’ai oublié de mentionner une chose. Mais vous soulevez un point important. Comme nous le savons, il lui a fallu quelques votes pour que M. McCarthy soit élu président et, dans le cadre de ces négociations avec ses membres, il a garanti qu’aucune loi ne serait votée moins de 72 heures après la publication du texte. Beaucoup des membres du parti s’étaient plaints au sujet du fait qu’au cours des dernières années, les anciens présidents n’avaient pas pris le temps de lire les projets de loi prétextant qu’ils comportaient des milliers de pages et qu’ils n’avaient pas le temps de les lire. Donc, pour ce qui est de savoir si une entente sera conclue, mais peut-être avec un ou deux retards, il semble que le président McCarthy va devoir s’en tenir à cela. Même si une entente est conclue, si une loi est adoptée, la Chambre va, à moins que tous les membres soient d’accord, accorder 72 heures pour lire les projets de loi avant qu’ils ne soient votés. Donc, si l’on estime que le 1er janvier ou le 1er juin sont des dates fatidiques, il vous faut un texte législatif d’ici là, afin que le Sénat puisse agir beaucoup plus rapidement. Mais il s’agit là d’un autre leurre. La Chambre a-t-elle réellement besoin de 72 heures pour examiner le texte législatif?

Steve Peacher : Une chose qui, selon moi, a été utile, c’est que la date du 1er juin a été annoncée. Il ne s’agit pas d’une date précise, mais je pense que la secrétaire d’État au Trésor, Mme Yellen, a indiqué que la date pourrait être fixée au 1er juin, et je pense que les gens l’ont écoutée, ce qui a certainement stimulé l’activité. Mais, je crois que nous dépasserons le 1er juin, car le gouvernement trouvera le moyen de prolonger le sursis. Je pense que tout le monde espère que cela n’empêchera pas la conclusion d’une entente, même après le 1er juin. Sinon, ce serait, selon moi, faire marche arrière.

James Slotnick : La secrétaire d’État Yellen a été fidèle à son message, et je pense que cela a été utile de pousser le président et le président de la Chambre des représentants, M. McCarthy, ainsi que leurs délégués, à dire que nous devons régler cette question d’ici le 1er juin. J’aimerais ajouter une dernière chose. J’ai été fasciné par le procès-verbal de la réunion de la Réserve fédérale américaine d’août 2011. Vos auditeurs pourront le trouver sur Internet en faisant une simple recherche sur Google. Dans ce procès-verbal, la Fed envisageait déjà à l’époque d’accorder la priorité au remboursement de la dette. Et, ce n’est pas comme si le Trésor américain ne l’avait pas encore envisagé, mais ils n’avaient toujours pas mis en place les mesures nécessaires. Mais pour répondre à votre question, ils ont mis en place un plan qui leur permet, si nous atteignons cette date, de s’acquitter de leurs obligations futures.

Steve Peacher : Il est dommage qu’un pays comme les États-Unis doive passer beaucoup de temps à élaborer des plans sur la manière exacte dont ils utiliseraient l’argent en cas de dépassement du plafond de la dette. Mais malheureusement, c’est le monde dans lequel nous vivons. James, merci encore d’avoir pris le temps de vous entretenir avec moi à ce sujet. Merci à tous ceux qui nous écoutent. Comme je l’ai mentionné au début de l’émission, nous l’enregistrons le mardi 23 mai, et je pense qu’elle sera publiée en ligne dans quelques jours. Donc, la situation pourrait changer au cours des 48 prochaines heures. Toutefois, c’est notre point de vue à ce stade. Merci, James, d’avoir répondu à mes questions. Je remercie également nos auditeurs d’avoir écouté cet épisode de Trois en cinq.

James Slotnick : Merci, Steve.

 

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