T1 2026 : Le point sur le crédit privé de première qualité

08 mai 2026

Analyse approfondie des facteurs liés à la liquidité et à l’IA sur le marché

La dynamique des émissions s’est poursuivie au début de l’année, avec des augmentations notables du volume d’une année à l’autre pour le trimestre. Entre-temps, l’attention soutenue accordée à certains foyers de tension du crédit privé de même que les enjeux à long terme liés à l’IA ont créé des conditions dans lesquelles une analyse plus approfondie de cet univers d’investissement est susceptible de mettre au jour des occasions. 

Les statistiques du marché des placements privés proviennent de Private Placement Monitor, indicateur standard du marché du crédit privé de première qualité. Les autres données de marché sont fournies par Bloomberg.

Marchés

Au premier trimestre de 2026, le marché des placements privés de première qualité a poursuivi sur sa lancée, avec un volume d’émissions supérieur à 40 milliards de dollars américains (G$ US). Selon les données de Private Placement Monitor sur les émissions du marché des placements privés de première qualité, cela représentait une augmentation de plus de 10 G$ US par rapport au premier trimestre de 2025. Les émissions liées aux infrastructures ont été particulièrement fortes en mars, surpassant l’activité du côté des sociétés. Vers la fin du trimestre, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et leurs répercussions, y compris la hausse des taux sans risque, ont plombé les émissions et contribué à un bref ralentissement des volumes sur le marché primaire. La volatilité des prix de l’énergie s’est accrue, déclenchant des réactions à l’échelle des secteurs, notamment des suppléments pour carburant et une optimisation des itinéraires dans l’aviation. Certains pays ont aussi mis en place des mesures pour économiser l’énergie et l’eau, priorisant les besoins des ménages.

Les prix du pétrole brut ont considérablement augmenté durant le trimestre. Le prix du Brent s’établissait entre 100 $ US et 110 $ US le baril en fin de trimestre, une augmentation importante par rapport à la fourchette de 60 $ US à 70 $ US le baril en vigueur l’année précédente. Cela a accru la pression sur les coûts dans les secteurs des transports, des services collectifs et des produits de première nécessité. Tandis que la volatilité à court terme a généralement une incidence immédiate limitée sur le crédit, les prix élevés de l’énergie peuvent peser sur le revenu disponible des ménages, la pression sur les portefeuilles de crédit à la consommation se faisant souvent sentir avec un retard de 8 à 12 mois. L’attention des médias sur le crédit privé s’est intensifiée en cours de trimestre et les pressions demeurent concentrées dans les segments de prêts directs sans signes de problèmes de crédit systémiques.

L’activité du marché secondaire s’est maintenue en début de trimestre et, en janvier, des vendeurs réguliers à la recherche de liquidité et souhaitant rééquilibrer leur portefeuille en dehors des dynamiques de fin d’année ont procédé à des échanges de créances. Bien que l’activité ait légèrement ralenti en février et mars, car les investisseurs étaient concentrés sur les émissions primaires, les volumes d’une année à l’autre ont augmenté durant le trimestre. Fait important, malgré l’attention accrue sur le crédit privé et les sociétés de développement commercial, le marché secondaire est resté ordonné et n’a montré aucun signe de vente forcée. En effet, la présence de demandes inversées, bien qu’à des niveaux d’écart plus importants, a mis en lumière le maintien de la confiance institutionnelle dans la qualité des actifs, les équipes de gestion et les protections structurelles des sociétés de développement commercial.

Perspectives

Au cours des prochains mois, le potentiel de volatilité persistante pourrait créer des occasions de déploiement sélectif de capitaux sur les marchés primaire et secondaire. Nous rechercherons une plus grande dispersion des écarts entre les secteurs, ainsi qu’un possible changement dans les émissions des secteurs de l’industrie et des services collectifs. Il est essentiel de maintenir une discipline d’évaluation et de continuer à privilégier les protections structurelles pour repérer les occasions attrayantes.

Dans la ligne de mire

Analyse plus approfondie au-delà des manchettes sur le crédit privé 

Le crédit privé est devenu une force déterminante sur les marchés financiers. Au cours de la dernière décennie, il a orienté des capitaux vers des entreprises, des actifs réels et des projets d’infrastructure mal desservis du fait du repli bancaire. D’une solution de niche, il est devenu un marché qui rivalise désormais avec le marché des prêts syndiqués à grande échelle. Dans ce contexte, les gros titres dans les médias ont récemment appelé à la prudence, braquant les projecteurs sur les rachats de fonds, la hausse des défauts de paiement et la possibilité que l’IA perturbe les valorisations dans le secteur des logiciels.

À notre avis, si ces développements méritent d’être examinés, il ne faut pas y voir une condamnation générale du crédit privé. Les turbulences se sont concentrées en grande partie sur certains segments de prêts directs à haut rendement, dans lesquels l’évaluation s’est fortement appuyée sur des hypothèses de valeur d’entreprise et les comptes de régularisation des paiements en nature ont augmenté en proportion du revenu. Le marché des placements privés de première qualité fonctionne selon un ensemble de principes fondamentalement différents, généralement avec des titres à revenu fixe, des émetteurs plus gros et plus expérimentés, des clauses restrictives robustes et un recyclage constant des liquidités par le biais des intérêts, de l’amortissement et des paiements anticipés. Ces caractéristiques fondamentalement différentes justifient qu’on examine la situation sous un autre angle.

La liquidité est l’une des dimensions les plus mal comprises de la conversation actuelle sur le crédit privé. La couverture médiatique récente a souvent présenté les limites ou les seuils de rachat pour les sociétés de développement commercial non cotées et d’autres fonds de prêts directs comme des signes de détresse systémique. La réalité est plus simple : les structures semi-liquides sont conçues avec des plafonds de rachat, généralement de 5 % de la valeur de l’actif net par trimestre, pour empêcher la vente forcée d’actifs non liquides à des moments inopportuns (source : Bloomberg, 2026). Lorsque ces caractéristiques sont activées, cela signifie que tout fonctionne comme prévu. La visibilité accrue reflète la participation croissante des investisseuses et investisseurs individuels aux prêts directs, ce qui amplifie la couverture médiatique de caractéristiques que les investisseurs institutionnels considèrent depuis longtemps comme la norme. Ces dynamiques sont largement comprises par le marché des placements privés de première qualité d’ordre institutionnel, où les investisseurs engagent des capitaux pour une durée définie, généralement pour s’aligner sur la durée des actifs sous-jacents ou compenser le profil des passifs. La structure et l’horizon de placement sont délibérément alignés.

À mesure que les placements progressent dans un cycle de crédit, des événements de crédit se produisent. Les défauts de paiement et les exercices de gestion du passif ont augmenté par rapport aux niveaux exceptionnellement bas postérieurs à la pandémie concernant les prêts directs. En outre, les revenus de paiements en nature ont gagné en importance dans de nombreux portefeuilles de prêts directs. Bien que les paiements en nature puissent, dans certains cas, refléter un report convenu d’un commun accord, des ratios de paiements en nature élevés peuvent obscurcir la qualité d’un portefeuille et compliquer l’évaluation du rendement des gestionnaires. Moody’s a signalé que la pression continue sur les ratios de couverture des intérêts sur le marché des prêts à effet de levier était une vulnérabilité clé en 2026. L’agence a noté que de nombreux emprunteurs de qualité inférieure fonctionnent avec des ratios de couverture offrant des coussins de sécurité limités dans une période prolongée de taux élevés.

De plus, les données sur les défauts de paiement au niveau du portefeuille ne disent pas toujours tout. Les pertes réelles dépendent en grande partie de l’ancienneté structurelle, des protections par clauses restrictives et de la profondeur des capitaux propres subordonnés sous le prêteur. Il est probable que la dispersion entre les gestionnaires s’accentuera considérablement au cours des 12 prochains mois, et les taux de recouvrement varieront en conséquence.

C’est précisément là que le marché des placements privés de première qualité se démarque. Les placements privés de première qualité sont généralement structurés comme des instruments de paiement au comptant : les intérêts sont perçus en espèces, le capital est amorti selon un calendrier régulier et les paiements anticipés génèrent des liquidités supplémentaires qui peuvent être réaffectées aux taux du marché en vigueur. Contrairement à certains portefeuilles de prêts directs dans lesquels les paiements en nature peuvent diluer le revenu actuel et reporter le recyclage de capitaux, le crédit privé de première qualité peut offrir un flux de liquidités stable, transparent et prévisible, une distinction importante pour les investisseurs qui gèrent des mandats guidés par le passif ou axés sur le revenu.

Le crédit privé de première qualité couvre également un ensemble diversifié de secteurs, y compris les services collectifs et l’infrastructure, les actifs réels et les sociétés émettrices établies, entre autres. Les placements privés de première qualité contiennent souvent des clauses restrictives plus complètes, ce qui permet un retour plus rapide à la table avec l’emprunteur et un recours plus solide pour préserver le capital. La combinaison de ces caractéristiques structurelles, associée à une prime d’écart qui a toujours procuré des avantages significatifs de valeur relative par rapport au crédit public équivalent, signifie que les investisseurs sont rémunérés pour leur patience sans prendre de risque de crédit supplémentaire (source : Bloomberg).

L’expertise différencie encore davantage ce que peut offrir une plateforme de crédit privé de première qualité à grande échelle. Tandis que les participants au marché dans l’ensemble se retirent de certains secteurs ou de certains titres en réponse à des préoccupations générales, les équipes de crédit expérimentées ayant une connaissance approfondie du secteur sont en mesure de faire la distinction entre les changements fondamentaux et les titres qui subissent une perturbation temporaire. La capacité à faire preuve d’opportunisme (en accordant du crédit à des conditions attrayantes lorsque les autres sont prudents, en tirant parti de relations directes avec les émetteurs et de vastes réseaux de recherche) est une source durable de création et de fructification de valeur relative. Dans le contexte actuel, où une surveillance accrue pousse certains participants à faire marche arrière, cette expertise et cette sélectivité sont plus importantes que jamais.

La question de l’incidence de l’IA sur le crédit privé a également suscité énormément de commentaires, mais la portée de l’exposition directe varie considérablement selon le segment. Les logiciels et les services connexes peuvent représenter une part importante des portefeuilles de prêts directs, dans certains cas jusqu’à un quart ou plus, ce qui les rend plus sensibles immédiatement à la compression des valorisations engendrée par la concurrence de l’IA ou l’obsolescence des produits (source : PitchBook, 2026). Les marchés boursiers peuvent évaluer cette divergence sectorielle plus rapidement que les marchés du crédit, mais le risque de crédit se matérialisera au fil du temps si les hypothèses de revenus se révèlent trop audacieuses et si les ratios de couverture se détériorent.

Les portefeuilles de crédit privé de première qualité, en revanche, ont tendance à être diversifiés entre secteurs réglementés, actifs réels et sociétés emprunteuses établies avec un risque de perturbation lié à l’IA plus éloigné et des valorisations reposant sur des flux de trésorerie tangibles et des biens durables plutôt que sur des multiples de croissance. Pour tout emprunteur dont le risque technologique est un facteur significatif, les questions d’évaluation pertinentes restent les mêmes : les flux de trésorerie sont-ils durables? Le produit est-il intégré dans les flux de travail liés à la clientèle? La structure du capital fournit-elle un coussin adéquat? Une évaluation rigoureuse et axée sur les actifs peut bien répondre à toutes ces questions, ce qui montre bien pourquoi la concentration thématique au niveau du portefeuille dans un seul secteur mérite un examen attentif.

Ce qu’il faut retenir de l’environnement actuel, ce n’est pas qu’il faut faire preuve de davantage de scepticisme à l’égard du crédit privé, mais que celui-ci doit être évalué avec plus de précision. La bifurcation qui s’opère actuellement sur le marché, entre les segments confrontés à une véritable pression en matière de crédit et ceux qui offrent des rendements constants et générateurs de trésorerie, est de plus en plus évidente pour les investisseurs informés, et elle crée des opportunités pour ceux qui sont correctement positionnés. Pour le marché du crédit privé de première qualité, les conditions récentes ont incité à une attention accrue, tout en élargissant potentiellement la portée des occasions intéressantes. La proposition de valeur fondamentale demeure intacte et de plus en plus différenciée, avec des primes d’écart supérieures au crédit public comparable, une large diversification entre les secteurs et les émetteurs, ainsi que de solides protections structurelles et des clauses restrictives.

Alors que la concurrence évolue et que les manchettes incitent à la prudence dans certains segments du marché, les investisseurs qui continuent de privilégier la structure, la qualité de l’évaluation et la protection contre les baisses sont, à notre avis, bien placés pour saisir la valeur relative durable qui se cache derrière les titres qui font la une de l’actualité.

Sources : Private Placement Monitor, Cleary Gottlieb, Bloomberg, Moody’s, PitchBook, 2026. 

© Gestion SLC, 2026. 

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