Épisode 40

Entretien avec Louis Pelosi au sujet des ratios de fonds propres réglementaires exigés des assureurs relativement au risque lié aux placements immobiliers

Louis Pelosi, directeur général des solutions pour les Clients à Gestion SLC, discute de la manière dont les récents changements de ratios de fonds propres réglementaires relativement au risque lié aux placements immobiliers pourraient affecter les portefeuilles de placement des assureurs.

Steve Peacher : Bonjour, chères auditrices et chers auditeurs, et merci de regarder cet épisode de Trois en cinq. Je m’appelle Steve Peacher, et je suis le président de Gestion SLC. Aujourd’hui, je suis en compagnie de Louis Pelosi, qui est directeur général des solutions pour les Clients institutionnels, notamment des compagnies d’assurance. Ensemble, nous discuterons des changements réglementaires touchant le secteur de l’assurance, qui pourraient avoir des répercussions sur les portefeuilles de placement des compagnies d’assurance. Merci, Louis, d’avoir accepté mon invitation.

Louis Pelosi : Tout le plaisir est pour moi, Steve.

Steve Peacher : Le secteur de l’assurance fait face à des changements réglementaires relativement aux placements immobiliers commerciaux. Or, ces changements pourraient avoir d’importantes répercussions sur les portefeuilles de placement des compagnies d’assurance. Pourriez-vous expliquer à nos auditeurs en quoi consistent ces changements?

Louis Pelosi : Certainement, Steve. L’American Committee of Life Insurers, le ACLI, a récemment proposé de réviser les ratios de fonds propres réglementaires relativement au risque lié aux placements immobiliers. Le National Association of Insurance Commissioners (NAIC), un organisme réglementaire régissant les compagnies d’assurance, a accueilli cette proposition. Cet organisme réglementaire a établi des ratios de fonds propres réglementaires qui sont fondés sur les risques. En fait, cela est un indicateur de solvabilité de l’assurance-vie, auquel se réfèrent les propriétaires de contrats d’assurance-vie et les organismes de réglementation, afin d’avoir une idée de la santé financière d’un assureur. Ce système établit des ratios de fonds propres réglementaires relativement à différentes catégories d’actif, et ces ratios sont fondés sur les risques, notamment le risque de défaillance, le taux de recouvrement ou la volatilité boursière. L’ACLI s’est récemment rendu compte que certaines données sur le secteur immobilier, sur lesquelles se fonde le NAIC, sont dépassées. En effet, elles datent d’avant l’an 2000. L’ACLI s’est donc fondée sur des données plus récentes, notamment sur les défaillances et sur les taux de recouvrement, ainsi que sur l’effet de la volatilité immobilière sur les marchés, pour proposer une révision des ratios de fonds propres réglementaires. Le NAIC a donc accepté la proposition de l’ACLI, soit de réduire de manière significative les ratios de fonds propres réglementaires liés aux placements immobiliers, de manière à revenir aux ratios qui étaient en vigueur avant leur dernière hausse, c’est-à-dire qu’ils passeraient d’une fourchette allant de 23 à 30 %, à une fourchette allant de 11 à 13 %. À titre de cadre de référence[1], nombreux sont ceux qui croient que le ratio de fonds propres pour les obligations notées BBB est d’environ 3 %[2], ce qui représente une importante réduction du ratio global des fonds propres réglementaires requis.

Steve Peacher : Donc, les compagnies d’assurance devraient profiter de cette réduction des ratios de fonds propres réglementaires relativement à une importante catégorie d’actif. Jusqu’à présent, les ratios de fonds propres exigés relativement à cette catégorie d’actif étaient prohibitifs, et il leur était difficile d’investir dans celle-ci. Mais, qu’en est-il à la suite de cette réduction? Quelle sera la réaction des compagnies d’assurance?

Louis Pelosi : Ce changement devrait encourager les compagnies d’assurance à investir davantage dans les actifs alternatifs, ou actifs à revenu fixe non traditionnels. Depuis la crise financière mondiale, les marchés ont traversé des périodes de fluctuation soudaine, et les taux d’intérêt ont baissé. Or, les compagnies d’assurance, particulièrement les assureurs-vie, dépendent du rendement de leurs portefeuilles de placement pour maintenir leurs activités et augmenter leur rentabilité. Mais, les périodes prolongées de bas taux d’intérêt ont forcé les assureurs à chercher à investir dans des actifs à revenu fixe non traditionnels. C’est la raison pour laquelle elles se sont tournées vers les placements immobiliers. Aujourd’hui, les portefeuilles de placement des assureurs détiennent de 5 à 10 %[3] de placements immobiliers. Or, les organismes réglementaires exigent des assureurs qu’ils aient une réserve de fonds propres, correspondant à un ratio des placements immobiliers. Jusqu’à présent, les assureurs ont recherché du rendement dans les créances hypothécaires, car les ratios de fonds propres réglementaires étaient beaucoup plus bas. Cependant, comme les ratios de fonds propres réglementaires relatifs au risque lié aux placements immobiliers ont été réduits de 23 à 13 %1, nous anticipons que les assureurs investiront de plus en plus dans les titres de participation immobiliers. En fait, la pondération des titres de participation immobiliers dans les portefeuilles des assureurs devrait augmenter exponentiellement, étant donné que cette catégorie d’actif offre des rendements beaucoup plus élevés, et que le rendement global de leurs portefeuilles peut être plus élevé, par rapport à un portefeuille traditionnel, à volatilité comparable, composé de créances hypothécaires dont les ratios de réserve du capital sont de 0,90 % (CM1) ou de 1,75 % (CM2).

Steve Peacher : Donc, dans tout portefeuille, surtout ceux des compagnies d’assurance, tout changement affecte la répartition globale de l’actif, et donc l’objectif global du portefeuille. Autrement dit, si une compagnie d’assurance augmente sa répartition de l’actif dans les titres immobiliers commerciaux à la suite de la réduction du ratio de la réserve de capital réglementaire, quelles en sont les conséquences sur le reste du portefeuille?

Louis Pelosi : Bien que j’aie une perspective optimiste sur cette catégorie d’actif, j’aimerais souligner quelques aspects négatifs. Mais, je terminerai en soulignant les aspects positifs! Le NAIC n’a pas seulement réduit les ratios de réserve de capital réglementaires relatifs aux placements immobiliers; il a également réduit les ratios de réserve de capital réglementaires s’appliquant aux placements de base à revenu fixe, lesquels composent en grande partie les portefeuilles de placement des assureurs-vie. De plus, le NAIC a adopté une proposition prévoyant un examen plus détaillé des obligations. Dans le passé, toutes les obligations notées de AAA à A étaient considérées comme faisant partie d’un même actif, et toutes les obligations notées de BBB à BBB- comme faisant partie d’un même autre actif. Aujourd’hui, le NAIC examine ces deux actifs de manière plus détaillée. Comme les actifs étaient plus importants, les assureurs-vie devaient autrefois avoir des réserves de capital plus importantes. C’est bien que le ratio de réserve de capital afférent aux placements immobiliers soit réduit, mais les assureurs-vie devaient continuer d’avoir d’importantes réserves de capital relativement à d’autres catégories d’actif. Chaque fois que vous transférez des actifs d’une catégorie à une autre, par exemple, des obligations notées BBB, dont le ratio est de 3 %, vers des placements immobiliers, dont le ratio est de 13 %3, vous devrez avoir une réserve plus importante de capital. Tout d’abord, il est donc important de bien connaître la situation de capital de l’assureur-vie, sa solvabilité et sa capacité de détenir ce genre d’actifs, sans que cela ait des répercussions très graves sur les ratios de réserve de capital réglementaires. Ensuite, il faut s’assurer de prendre en considération les exigences en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. Ces actifs peuvent être parfois difficiles à identifier à l’échéance, ou sur la base d’une durée de vie moyenne pondérée, surtout parce que les placements immobiliers peuvent être légèrement plus volatils que les créances traditionnelles. Par ailleurs, lorsque vous augmentez la pondération de placements immobiliers dans votre portefeuille, l’avantage est que ces derniers sont plus résilients en périodes inflationnistes. Donc, en augmentant la pondération de placements immobiliers en périodes prolongées d’inflation élevée, vous rendez votre portefeuille plus résilient. Bien entendu, chaque assureur-vie doit tenir compte de facteurs propres à sa situation, ainsi que de ses propres besoins. Il n’y a pas de solution unique. Chaque assureur-vie doit tenir compte de sa politique en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et de ses ratios actuels de réserve de capital. Après toutes ses considérations, si l’assureur-vie estime qu’il est encore avantageux d’investir dans les placements immobiliers, il peut alors créer une solution adaptée à ses besoins et profiter de la réduction des ratios, tout en augmentant le rendement et la rentabilité de son portefeuille. Cependant, il est important de garder à l’esprit que, à mesure que de plus en plus d’assureurs-vie investiront dans ces placements alternatifs, le NAIC surveillera de plus près ces actifs, ce qu’il a déjà commencé à faire en 2022. Cela ne signifie pas qu’il fera nécessairement des changements, mais les exigences en matière de réserve de capital pour risque sont mises à jour sur une base régulière. Il est donc important d’avoir quelqu’un dans votre équipe qui reste à l’affût de toute annonce de changement réglementaire et de préparer votre portefeuille en conséquence.

Steve Peacher : Cela confirme l’impression que j’ai au sujet de la gestion d’actifs par un assureur, depuis que je me suis joint à la Sun Life : cela me semble aussi compliqué que de tenter de résoudre le cube Rubik! Pour terminer, fidèle à mon habitude, j’aimerais vous poser une question personnelle. La pandémie de COVID-19 a été une période éprouvante pour la plupart d’entre nous, mais particulièrement pour vous, parce que vos deux filles sont nées durant la pandémie. Pourriez-vous nous parler un peu de votre expérience?

Louis Pelosi : J’essaie de regarder le côté positif, plutôt que le côté négatif, de chaque situation. Loin de moi l’intention de diminuer les graves conséquences de la pandémie de COVID-19. Mais, avant la pandémie, je passais beaucoup de temps sur la route pour aller visiter les clients, et pour trouver des solutions pour les assureurs. Ces deux dernières années, j’ai dû travailler à partir de mon domicile, et cela a été en quelque sorte très bénéfique, surtout en périodes de confinement, car mon épouse est tombée enceinte deux fois et a donné naissance à nos deux filles durant la pandémie. Cela m’a permis de passer du temps avec elles, et ce fut une expérience incroyable que d’être à la maison après la naissance de mes filles. Mais le fait de pouvoir passer plus de temps en famille comporte aussi un revers de la médaille. Par exemple, lors de mes réunions Zoom, on pouvait entendre les cris et les pleurs de mes filles. Mais, je supportais ce désavantage bénin de travailler à domicile, m’estimant heureux de pouvoir passer plus de temps avec ma famille et de regarder mes filles grandir. Ce fut une expérience fantastique.

Steve Peacher : Comme vous le dites si bien, ce sont ces petits moments de bonheur, au cours de la pandémie, qui nous ont aidés à tenir le coup, et quoi d’autre peut rendre une personne plus heureuse que l’arrivée d’un enfant dans sa vie. Toutes mes félicitations, ainsi qu’à votre épouse. Je vous remercie de nouveau, Louis, d’avoir pris le temps de répondre à mes questions au sujet de ces changements réglementaires. Il est important de prendre le temps d’en parler. Certes, c’est un sujet assez complexe, mais ces implications pour les compagnies d’assurance méritent qu’on s’y attarde. Je remercie également nos auditeurs de leur écoute, et je les invite à ne pas manquer notre prochain épisode de la série Trois en cinq.

 

[1] https://content.naic.org/sites/default/files/call_materials/Agenda%20%26%20Materials%20LRBC%205-27-21_0.pdf?utm_campaign=NAIC%20Update%20-%205.27.21&utm_medium=email&utm_source=Eloqua

[2] https://www.naic.org/documents/committees_e_capad_investment_rbc_wg_related_irbc_factors.pdf

[3] Données de SNL, au 31 décembre 2020.

 

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