Épisode 44

Chhad Aul sur la répartition tactique de l’actif

Chhad Aul, premier directeur des placements et chef des solutions multiactifs, Gestion d’actifs PMSL inc., parle de l’approche de répartition de l’actif de son équipe dans un contexte de pics d’inflation, de hausse des taux et de crise géopolitique.

Steve Peacher : Bonjour chers auditeurs et merci d’être à l’écoute de cet épisode de « Trois en cinq ». Je suis Steve Peacher, de Gestion SLC, et aujourd’hui, je suis en compagnie de Chhad Aul, qui est le premier directeur des placements et chef des solutions multiactifs de Gestion d’actifs PMSL inc. PMSL est l’acronyme de Placements mondiaux Sun Life, une plateforme qui a été développée au cours des huit à dix dernières années par la Sun Life au Canada, et qui a connu un véritable succès dans un laps de temps relativement court. Chhad, je suis très heureux de pouvoir m’entretenir avec vous; merci d’avoir accepté mon invitation.

Chhad Aul : Merci Steve, tout le plaisir est pour moi.

Steve Peacher : J’aimerais m’entretenir avec vous aujourd’hui au sujet de votre approche de répartition de l’actif, particulièrement dans le contexte actuel. Pourriez-vous d’abord, pour nos auditeurs, parler brièvement de Gestion d’actifs PMSL inc. et des produits que vous offrez, et ensuite parler du contexte actuel très mouvementé notamment en raison du conflit russo-ukrainien, et de la hausse de l’inflation et des taux d’intérêt. De quelle manière ces événements ont-ils changé votre approche de répartition de l’actif dans les portefeuilles?

Chhad Aul : Gestion d’actifs PMSL inc. a été fondée en 2012. Donc, vous aviez bien estimé le nombre d’années de notre existence. En tant que gestionnaires d’actifs, nous nous concentrons sur le marché canadien, principalement sur deux segments du marché. Tout d’abord, le segment des investisseurs particuliers à qui nous offrons des produits de placement dont les conseillers se servent pour construire des portefeuilles de placements. Puis, le segment des investisseurs institutionnels à qui nous offrons des solutions à cotisation déterminée. D’ailleurs, soulignons au passage que la part du marché canadien des services de planification de la retraite de la Sun Life est très importante.

Mon équipe gère des solutions multiactifs qui sont au cœur des activités de Gestion d’actifs PMSL inc. Dans le segment des investisseurs particuliers, nous offrons des fonds axés sur le degré de risque alors que dans le segment des investisseurs institutionnels (régimes à cotisation déterminée), nous offrons des fonds axés sur une date d’échéance. Donc, pour répondre à votre question, les marchés ont été très volatils au cours des deux derniers mois et la répartition tactique de l’actif est l’un des leviers que nous utilisons pour accroître progressivement la valeur de nos portefeuilles grâce à une approche de modélisation de nos portefeuilles très stratégique.

En ce qui concerne le positionnement tactique de nos portefeuilles, comme vous le savez, ce dernier trimestre a été particulièrement difficile. En fait, toutes les catégories d’actif sont mises à l’épreuve depuis le début de l’année. Les marchés boursiers ont fait l’objet d’importantes corrections, certains d’entre eux montrant des signes de tendance baissière : pics de rendement, écarts de taux grandissant, baisses de 5, 6, voire 7 % des obligations de base au Canada et aux États‑Unis. [1] Donc, à part les produits de base, la composante de trésorerie a été ce qui a le plus contribué au rendement des portefeuilles cette année. Soulignons au passage qu’il est très rare que cette composante du portefeuille affiche une surperformance et, qu’habituellement, ce n’est que de courte durée. Lorsque nous avons vérifié dernièrement les divers indicateurs du sentiment des marchés que nous surveillons, ainsi que les données sur les flux de trésorerie et le positionnement et l’activité du marché des options, nous avons effectivement l’impression que le pire est derrière nous et que les pressions à la vente s’atténuent, du moins à court terme. Donc, compte tenu de tous ces facteurs, nous avons progressivement mis à profit la répartition de l’actif dans la trésorerie en l’investissant dans les actions et les obligations. À l’heure actuelle, notre répartition de l’actif dans les actions est légèrement surpondérée, conformément à notre approche tactique.

Steve Peacher : Attardons-nous un peu sur la répartition de l’actif dans les actions. Pouvez-vous nous expliquer sur quels facteurs vous vous êtes principalement fondés pour apporter des modifications à la répartition de l’actif : la région géographique, le style de placement, la capitalisation boursière, les actions axées sur la valeur, les actions de croissance? Quelle est votre approche en ce qui concerne les actions?

Chhad Aul : Sur le plan géographique, nous privilégions les actions américaines plutôt que les actions des marchés développés internationaux. Donc, notre plus forte surpondération est celle des actions américaines; les marchés internationaux étant sous-pondérés. Nous savons que le facteur de risque principal à l’heure actuelle est le conflit russo-ukrainien. Or, les marchés européens sont une composante importante du marché international et ils sont beaucoup plus affectés par ce conflit sur le plan économique que les États-Unis qui sont relativement isolés. Nous privilégions aussi les actions canadiennes dans notre stratégie de répartition de l’actif. Étant donné le rendement exceptionnellement solide des actions canadiennes cette année – peu de marchés se trouvent en territoire positif – nous détenons une forte pondération d’actions énergétiques et une très, très forte pondération d’actions du secteur des matériaux au Canada qui s’est avérée être une excellente couverture contre les risques géopolitiques. Nous maintenons notre positionnement neutre en cas d’escalade des hostilités sur le plan géopolitique, car nous croyons qu’il offrira une assez bonne couverture. Toujours sur le plan géographique, les marchés émergents sont, bien entendu, une autre composante principale dans nos portefeuilles. L’année dernière, ils ont affiché une sous-performance importante. En ce qui concerne la baisse des actions chinoises et la répression réglementaire en Chine, le gouvernement chinois a tout récemment pris des mesures pour assouplir le renforcement réglementaire, en plus de mettre en place des mesures visant à stimuler l’économie. Nous surveillons étroitement la situation; il est trop tôt pour envisager de surpondérer les actions chinoises. Nous conservons toutefois un positionnement neutre dans les marchés émergents. Puis, comme vous l’avez mentionné, nous trouvons des occasions en répartissant en fonction du style de placements et des facteurs de risque.

Tous les principaux indicateurs que nous surveillons signalent un ralentissement de l’économie à l’échelle planétaire et un risque accru de perte en cas de baisse. Ce qui aurait pu être un simple ralentissement – mais un scénario positif au cours des cycles passés – est exacerbé par la situation géopolitique. Les banques centrales ont beaucoup de difficultés à se positionner dans ce contexte.

D’après nos analyses, dans un contexte de ralentissement économique, les actions de qualité sont celles qui affichent une surperformance. Autrement dit, ce sont les sociétés qui affichent de solides bilans et une forte rentabilité qui ajoutent de la valeur aux portefeuilles. Les gestionnaires actifs savent en tirer profit dans nos portefeuilles. Nous privilégions davantage la gestion active par rapport à la gestion passive dans le contexte actuel.

Enfin, ce qui est probablement la plus importante liquidation des actions de croissance aux États-Unis notamment du secteur des technologies, en l’occurrence le NASDAQ qui a atteint des creux en territoire baissier, crée des occasions de placement. En effet, au cours du prochain cycle, nous devrions assister à un ralentissement de l’économie et à mesure que la croissance ralentira, les bénéfices devraient diminuer. Les sociétés qui afficheront une forte performance, de solides résultats, et des prévisions de solides bénéfices à long terme seront les sociétés technologiques qui ont fait l’objet de la plus importante liquidation. Nous augmentons donc notre répartition de l’actif dans les actions de croissance américaines, particulièrement dans nos portefeuilles.

Steve Peacher : Parfait. Qu’en est-il du marché à revenu fixe?

Chhad Aul : Étant donné que nous détenons une position surpondérée dans les actions, nous augmentons la duration dans le volet des titres à revenu fixe et nous investissons dans des obligations de base de qualité supérieure. Je ne fais pas nécessairement référence à l’extrémité droite de la courbe de rendement, bien que je n’écarte pas complètement cette possibilité, compte tenu de certains risques liés à l’évolution du cycle économique actuel. Mais surtout du point de vue de l’ensemble d’un portefeuille, les obligations de base jouent un rôle important, notamment dans les solutions multiactifs que nous gérons comme les fonds axés sur le degré de risque et les fonds axés sur une date d’échéance. En effet, elles servent à compenser les risques liés aux actifs risqués dans nos portefeuilles comme les actions. Depuis déjà plusieurs trimestres, la duration dans nos portefeuilles est plus courte sachant que la hausse des rendements était probablement le risque le plus important pour les actions dans nos portefeuilles. Les niveaux que les rendements ont atteints aujourd’hui nous portent à croire que les obligations de base jouent de nouveau un rôle stratégique, c’est-à-dire qu’elles contribuent à diversifier les portefeuilles et à offrir une couverture contre les actifs risqués détenus dans ceux-ci.

Steve Peacher : Je suis d’accord avec vous. C’est, en effet, une situation sans précédent compte tenu du conflit russo-ukrainien qui a entraîné une crise géopolitique à l’échelle mondiale. La Réserve fédérale américaine a rarement resserré sa politique monétaire en pleine crise géopolitique et c’est ce à quoi nous assistons actuellement. Nous avançons, en quelque sorte, en territoire inconnu.

Pour terminer, comme j’ai l’habitude de le faire avec chaque invité, permettez-moi de vous poser une dernière question de nature personnelle. Comme beaucoup de nos auditeurs, vous avez traversé la pandémie en restant à la maison, entouré de vos enfants. Je n’ai pas vécu cette expérience, car mes enfants sont plus vieux et ont déjà quitté la maison. Je m’ennuie du temps où ils étaient encore à la maison et des moments de bonheur que nous avons vécus ensemble, mais aussi des moments éprouvants et de tribulations. Parlez-moi un peu de votre expérience au cours de la pandémie qui remonte déjà à deux ans.

Chhad Aul : Vous avez raison, Steve, nous avons tendance à nous rappeler des moments de tribulations et des difficultés que nous avons dû surmonter, particulièrement tout au début de la pandémie, alors que nous nous sommes soudainement retrouvés à la maison avec les enfants la majeure partie du temps. Ne leur dites pas ce que je vais vous confier maintenant, mais avec du recul, je peux dire que ce fut une excellente occasion d’être plus présent dans la vie de mes enfants. Mais, l’une des choses les plus positives que nous avons tirées de la pandémie, notamment à la Sun Life au Canada, est le retour progressif au travail qui devrait être mis en place bientôt, à l’approche du mois d’avril. En effet, ce nouveau modèle de travail offrira une certaine flexibilité et nous permettra de bénéficier du meilleur des deux mondes. Cependant, je m’ennuie beaucoup des interactions et de la collaboration directes avec mon équipe et des discussions informelles au sujet de nos portefeuilles que nous avions au bureau. Mais, je crois qu’au fil du temps, nous trouverons le bon équilibre entre notre vie personnelle et notre vie professionnelle.

Steve Peacher : Mon épouse et moi-même étions jaloux de certains de nos amis dont les enfants plus vieux sont allés vivre avec eux durant la pandémie. Malheureusement, nos enfants étaient incapables de venir vivre avec nous et nous avons trouvé cela vraiment dommage. Nous sommes parmi ceux qui auraient vraiment été heureux d’avoir les enfants à la maison pendant la pandémie. Merci encore, Chhad, ce fut très intéressant d’apprendre comment vous répartissez l’actif dans vos portefeuilles dans un environnement aussi volatil que celui d’aujourd’hui, qui crée aussi des occasions. Je tiens à remercier également nos auditeurs d’avoir écouté cet épisode de « Trois en cinq ».

 

 

[1] Bloomberg

 

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