Épisode 66

Brett Pacific sur les raisons pour lesquelles les investisseurs ne devraient pas hésiter à investir dans les dérivés

Brett Pacific, directeur général principal, produits dérivés et stratégies quantitatives à Gestion SLC, parle de la manière dont les dérivés peuvent aider les investisseurs institutionnels à atteindre leurs objectifs.

Steve Peacher : Bonjour tout le monde. Ici Steve Peacher, président de Gestion SLC, j’anime l’émission Trois en cinq. Aujourd’hui, je suis en compagnie de Brett Pacific, qui est directeur général principal et responsable des produits dérivés et des stratégies quantitatives à Gestion SLC. Merci, Brett, d’avoir accepté mon invitation.

Brett Pacific : Tout le plaisir est pour moi, Steve.

Steve Peacher : Donc, Brett, nous travaillons ensemble depuis longtemps sur tout ce qui a trait aux dérivés. Plusieurs investisseurs, notamment des institutions, hésitent à investir dans ce genre de produit, surtout parce qu’ils ne sont pas familiers avec ceux-ci. Il y a même certains investisseurs institutionnels qui deviennent un peu nerveux lorsqu’ils pensent à investir dans ceux-ci. Donc, peut-être pourriez-vous commencer par nous décrire, en général, en quoi consistent les dérivés, et pourquoi les investisseurs institutionnels utilisent les dérivés dans leurs portefeuilles.

Brett Pacific : On me pose souvent cette question. En effet, certains investisseurs ne sont pas à l’aise d’investir dans ce genre de produit. Cependant, nous croyons qu’ils sont un outil d’investissement important, notamment les placements guidés par le passif. En général, les dérivés sont des instruments que nous utilisons pour gérer le risque dans un portefeuille, sans que cela affecte la répartition des actifs sous-jacents dans le portefeuille. Les dérivés sont superposés aux actifs existants afin d’aider à mieux gérer le risque de base, mais aussi à améliorer le profil de rendement d’un portefeuille. Nous nous servons donc de la stratégie de répartition de l’actif par superposition afin de gérer plus efficacement les portefeuilles des Clients. De nombreux fonds de couverture ont fait face à des défis importants en raison de leur utilisation des dérivés – je fais référence au capital à long terme aux États-Unis, et autres placements de ce genre – et je me demande pourquoi je devrais avoir recours aux dérivés. Je dirais que, dans un cadre de gestion du portefeuille bien contrôlé et bien défini, les dérivés sont un outil nécessaire pour de nombreux Clients. Par exemple, le portefeuille d’un régime de retraite dans un contexte de bas taux d’intérêt, fait face à des défis en amont, et sans le recours aux dérivés, certains régimes de retraite pourraient être contraints d’augmenter le risque ou de diminuer la qualité des titres détenus afin d’atteindre les objectifs de placement. Les avantages que confèrent les dérivés à un portefeuille se divisent en trois catégories générales : réduction du risque, amélioration du rendement et flexibilité en matière de répartition de l’actif. La diminution du risque entre l’actif et le passif dans les portefeuilles de Clients qui investissent dans des placements guidés par le passif est un des avantages évidents. La réduction au minimum de l’écart entre l’actif et le passif peut contribuer à réduire au maximum la volatilité du provisionnement des régimes de retraite. En outre, les dérivés nous permettent de réduire la volatilité globale dans un portefeuille d’actifs. Ils sont un outil pratique de gestion du risque dans un portefeuille, notamment en ce qui a trait au risque extrême. Les produits dérivés peuvent aider à réduire au maximum le risque de perte en cas de baisse lié aux actifs risqués qui sont détenus dans le portefeuille. Nous utilisons aussi les dérivés pour améliorer le rendement sans que cela affecte le portefeuille physique sous-jacent. Étant donné que la stratégie de répartition de l’actif par superposition consiste à superposer les dérivés sur la répartition de l’actif existante du portefeuille, nous y avons recours afin d’augmenter le rendement. En général, nous utilisons des instruments liquides qui peuvent conférer une plus grande flexibilité dans un portefeuille. Ils peuvent permettre de rééquilibrer le portefeuille de manière efficace, et d’augmenter le risque dans chaque portefeuille individuel. Par exemple, la titrisation de l’encaisse, une stratégie axée sur les contrats à terme, peut réduire le fardeau qu’est la détention de liquidités excédentaires, ce qui offre une plus grande flexibilité au gestionnaire de portefeuille. Ce ne sont que quelques-uns des avantages d’avoir recours aux dérivés dans le cadre d’une stratégie de répartition de l’actif par superposition, mais il y en a beaucoup d’autres.

Steve Peacher : Je crois que les investisseurs associent souvent le mot « dérivé » avec le risque ou l’augmentation du risque. Et, d’après ce que vous dites, vous pouvez les utiliser pour réduire le risque dans un portefeuille, ce qui est intéressant, et vous avez donné des exemples pour le démontrer. Pourriez-vous donner d’autres exemples, ou d’autres façons couramment utilisées pour intégrer des stratégies de répartition de l’actif par superposition aux portefeuilles des Clients?

Brett Pacific : Tout d’abord, nous devons diviser le risque en quatre catégories générales : les taux d’intérêt, les actions, les taux de change et le crédit. Chacune de ces catégories offre l’occasion d’améliorer le profil risque-rendement des portefeuilles individuels. Les stratégies axées sur les taux d’intérêt sont basiques en gestion du risque. On a souvent recours aux dérivés de concert avec cette stratégie, car ils permettent de modifier la répartition du risque dans un portefeuille. En effet, les dérivés peuvent aider à gérer efficacement la duration du taux clé. Par exemple, l’on peut augmenter la durée soit de swaps de taux d’intérêt ou de contrats à terme sur obligations. Les swaps de taux d’intérêt sont un outil efficace, puisqu’ils permettent de répliquer la durée de l’indice de référence du passif, tandis que les contrats à terme sur obligations sont excellents pour rééquilibrer la durée et augmenter progressivement le risque dans un portefeuille. Comme je l’ai déjà mentionné, ces stratégies non capitalisées nous permettent de gérer la durée, tout en n’affectant pas les composantes de base du portefeuille sous-jacent. Souvent, un gestionnaire de portefeuille voudra détenir des actifs à l’étranger afin de diversifier davantage un portefeuille. Mais, plusieurs mandats de régimes de retraite ne toléreront pas le risque de change. Nous avons donc recours à une stratégie courante qui consiste à superposer des devises pour couvrir le risque de change. Par exemple, un placement privé à revenu fixe en dollars américains peut être couvert au moyen de contrats de swap d’opérations croisées sur devises, afin de convertir les flux de trésorerie en dollars américains en dollars canadiens, ce qui élimine le risque de change lié au dollar américain ainsi que le risque lié aux taux d’intérêt américains. Donc, nous créons un placement synthétique à revenu fixe en dollars canadiens au moyen d’une couverture par devises croisées. En ce qui a trait aux actions, nous voyons souvent la gestion du risque comme une protection contre le risque de perte en cas de baisse. Autrement dit, nous tentons d’éliminer le risque extrême. Cela peut être fait facilement grâce aux options de vente sur indices qui permettent de rééquilibrer le portefeuille et d’éliminer la queue gauche de la distribution. J’aimerais aussi souligner que les dérivés peuvent être aussi utilisés pour améliorer le rendement en ajoutant du risque, bien défini et mesuré, au portefeuille. Nous pouvons ajouter du bêta, et peut-être de l’alpha au portefeuille. Donc, une stratégie que nous utilisons couramment pour augmenter le revenu consiste à superposer le risque de crédit grâce aux contrats d’échange sur défaillance sur TIPs ou sur obligations à rendement réel au Canada. Cette stratégie est très populaire auprès des Clients dont les mandats sont indexés sur l’inflation. Toutes ces stratégies sont conçues pour aider à gérer le risque et améliorer les rendements dans les portefeuilles.

Steve Peacher : Donc, si un Client décide d’intégrer l’une ou l’autre de ces stratégies à son portefeuille et d’avoir recours aux dérivés, après que vous lui avez expliqué en des termes simples comment cela fonctionne, il pourrait vous demander si cela nécessitera des opérations complexes. Autrement dit, il se demande si les opérations quotidiennes seront plus complexes s’il a recours aux dérivés.

Brett Pacific : Oui, Steve, les opérations sont plus complexes lorsque l’on a recours aux stratégies de répartition de l’actif par superposition. Les firmes ne devraient pas mélanger les responsabilités en interne; elles doivent garder séparées les responsabilités du service de soutien administratif, du service de suivi de marché et de la salle des marchés. La haute direction, Conformité et les gestionnaires de risque doivent assurer une étroite surveillance. À ce propos, j’ai un excellent exemple des conséquences d’une mauvaise surveillance des dérivés. La succursale de Barings Bank à Singapour a fait face à un risque opérationnel lié à l’utilisation des dérivés. Cette nouvelle avait fait les manchettes au début de ma carrière, et elle m’a marqué et servi de référence tout au long de ma carrière. La banque avait désigné un responsable de la surveillance des opérations sur dérivés pour la salle des marchés et les soutiens administratifs à Singapour. Cette personne devait assurer la surveillance tant des négociations que des opérations. Sa stratégie de négociation consistait à doubler la mise sur les positions sur instruments dérivés lorsqu’elle subissait des pertes. Cela n’est pas une bonne stratégie de gestion du risque. Or, cette personne parvenait à cacher les pertes réalisées lors de négociations dans le compte dont elle était responsable. Elle a créé une position très importante sur options sur l’indice Nikkei. Cela a très bien fonctionné jusqu’au jour du tremblement de terre à Kobe qui a aussi ébranlé les marchés boursiers, notamment le marché boursier japonais qui a fortement reculé. Les pertes de négociation cumulées étaient à un moment donné deux fois supérieures au capital engagé par la banque à l’échelle mondiale, ce qui a entraîné la faillite de la banque. Cela m’a vraiment marqué et j’en ai tiré la leçon suivante : les opérateurs de marché ne devraient pas avoir accès aux opérations de règlement. Il doit y avoir une séparation nette des responsabilités afin de réduire au maximum tout risque opérationnel lié aux dérivés et autres types d’instruments qui sont très complexes.

Steve Peacher : Donc, il faut que des contrôles soient mis en place lorsque l’on utilise des dérivés dans le cadre d’une stratégie de répartition de l’actif par superposition, tout comme on le ferait pour tout autre instrument financier. Merci, Brett, de toutes ces explications. Nous avons à peine effleuré un sujet fort complexe. L’entretien tire maintenant à sa fin et j’aimerais vous poser une question d’une tout autre nature. Nous enregistrons cet épisode en septembre, après la fête du Travail. Les étudiants sont retournés en classe. Cependant, cette période de l’année me semble différente des autres années, car nous nous demandons si la pandémie de COVID-19 est bel et bien derrière nous. En général, tout le monde semble avoir repris le cours normal de leurs activités. L’automne est une saison dynamique, les températures sont plus fraîches. Qu’est-ce que vous aimez le plus de cette saison?

Brett Pacific : Eh bien, je suis soulagé que les enfants soient retournés à l’école, donc les choses ont repris leur cours normal de ce côté. J’aime bien la saison de l’automne, et j’ai déjà hâte à la saison du ski en Nouvelle-Angleterre qui approche à grands pas. Dès que les conditions nous le permettent, nous allons faire du ski. J’espère qu’après le week-end de l’Action de grâces, les premières neiges ne tarderont pas à venir.

Steve Peacher : À l’époque, ma famille et moi avions aussi hâte de recommencer à skier, dès que le week-end de l’Action de grâces était passé, même s’il n’y avait pas beaucoup de neige. Merci encore, Brett, d’avoir répondu à mes questions. Je remercie également nos auditeurs d’avoir écouté cet épisode de Trois en cinq. À bientôt.

Brett Pacific : Merci, Steve.

 

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